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Orphelin (2025)
de László Nemès
publié le mercredi 11 mars 2026

par Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma n°441-442, mars 2026

Sélection officielle En compétition de la Mostra de Venise 2025

Sortie le mercredi 11 mars 2026


 


Orphelin est le troisième long métrage du Hongrois László Nemès, après Le Fils de Saul, Grand Prix de Cannes 2015 (1) et Sunset en 2018 (2). Son quatrième film sortira à l’automne prochain, sur la vie du résistant Jean Moulin interprété par Gilles Lellouche. Ce drame historique relate l’histoire d’un enfant juif de 14 ans, Andor Hirsch (Bojtorjan Barabas), vivant à Budapest avec sa mère Klara (Andrea Waskovics). L’histoire se déroule en 1957, un an après le soulèvement contre la dictature du régime, dont la répression a laissé la ville éventrée par les ruines et dans une profonde pauvreté. Chaque jour, l’enfant descend à la cave et dans ce lieu retiré du monde, il s’adresse à son père. Son père, il ne le saura pas, ne reviendra jamais des camps.


 


 

Un film de László Nemès, ex-assistant de Béla Tarr (3) se reconnaît immédiatement, par sa couleur, sa lumière, son rythme, comme si son réalisateur poursuivait continuellement le même film, tourmenté par les mêmes obsessions et essayant à travers différents personnages et d’autres vies, de dire encore et toujours la même chose. Lutter contre les totalitarismes, les guerres, les violences, le mal, l’obscurantisme. Son image travaillée dans la matière semble faite d’états superposés, augmentant l’effet de profondeur, d’ombre et de lumière. Une teinte légèrement colorée de jaune ou d’ocre ou encore de sépia apporte à la fois une tonalité de secret, de mystère et quelque chose de l’ordre du passé, un peu hors du temps. Ce ressenti facilite l’énoncé tragique des événements, au même titre que la musique des frères Galperine, parfaitement accordée à l’atmosphère impénétrable, presque obscure du temps présent, plongé dans un monde de fantômes.


 


 

La vie esseulée de cet enfant, éternellement en fuite à la recherche éperdue d’un père disparu, évolue dans un univers surveillé, identique à la vision en plans séquences de Béla Tarr, dans lequel le nom des individus et la délation qui les suit peut signifier leur mort. À ce drame s’ajoute un autre, quand il se trouve soudain confronté par la mauvaise fréquentation de sa mère, à un nouveau père, Berend Mihaly (Gregory Gadebois), dont l’expression d’une férocité extrême est redoutable et d’une incroyable véracité.


 


 

Toutefois, le film, dans les répétitions de scènes de courses effrénées du jeune garçon produit parfois un effet de lassitude, proche de la désespérance, certainement recherchée par le réalisateur. La fête foraine, probable clin d’œil à Federico Fellini et à ses musiques désenchantées, où vacille une nacelle pour trois sur la grande roue, temporise autant qu’elle inquiète sur l’avenir. Ainsi dans un rythme haletant, fait de rebondissements improbables, l’enfant Andor mène seul d’un bout à l’autre ce film sur la filiation, l’identité et la transmission, dans une atmosphère de finitude, où règne la mélancolie et l’incertitude des destins.

Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma n°441-442, mars 2026

1. "Le Fils de Saul", Jeune Cinéma n°366-367, été 2015.

2. "Sunset", Jeune Cinéma en ligne directe.

3. "Béla Tarr (1955-2026)", Jeune Cinéma n°441-442, mars 2026.


Orphelin (Árva). Réal : László Nemès ; sc : L.N. & Claire Royer ; ph : Matias Erdely ; mont : Peter Politzer ; mu : Evgueni & Sacha Galperine. Int : Bojtorjan Barabas, Andrea Waskovics, Grégory Gadebois, Martin Czarnik. (Hongrie-France-Grande-Bretagne-Allemagne, 2025, 133 mn).



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