par Gérard Camy
Jeune Cinéma n°264, octobre 2000
Sélection officielle En compétition du Festival de Cannes 2000
Prix d’interprétation masculine à Tony Leung
Sorties les mercredis 8 novembre 2000, 21 juillet 2021 et 11 mars 2026
Wong Kar-wai prouve une fois de plus, avec ce nouveau film, qu’il est bien un des plus grands cinéastes contemporains. Atypique dans la production au kilomètre du cinéma de Hong-Kong, il s’est imposé en six longs métrages dont Happy Together (1997) qui avait remporté le Prix de la mise en scène à Cannes (1).
In The Mood for Love est une œuvre magnifique, beaucoup plus romantique que le tape-à-l’œil Dancer in the Dark (2) qui, avec ses mouvements à l’emporte-pièce, sa roublardise insupportable et une pub bien orchestrée, aveugla un jury qui lui attribua une Palme d’or, que le précieux joyau de Wong Kar-wai aurait mille fois mérité. Le prix de la CST et le Prix d’interprétation masculine pour Tony Leung n’étaient vraiment que des lots de consolation.
Hong Kong, 1962. Chow, rédacteur en chef d’un quotidien local emménage avec son épouse dans un nouveau logement. Il croise régulièrement Li-Zhen, une très belle jeune femme qui vient, elle aussi, de s’installer dans l’immeuble avec son mari. L’absence très fréquente de leurs conjoints respectifs leur donne l’occasion de mieux se connaître, de s’apprécier. Parties de mah-jong avec les voisins, repas avec leurs propriétaires, la vie s’organise. Mais bientôt, ils doivent se rendre à l’évidence, leurs époux respectifs entretiennent une liaison...
À partir d’une banale histoire d’adultère - les deux conjoints que l’on ne voit pratiquement jamais, simples silhouettes de dos, sont d’ailleurs joués par Tony Leung et Maggie Cheung -, Wong Kar-wai regarde se construire une grande histoire d’amour entre deux personnages trop sages, trop honnêtes et droits pour sombrer dans une semblable tromperie. Succomberont-ils ? Peut-être, mais peu importe.
Une mise en scène somptueuse enveloppe les relations platoniques de Chow et Li-Zhen en longs plans langoureux et ralentis sensuels, privilégie les regards échangés, furtivement détournés, les rencontres écourtées, les gestes quotidiens, insignifiants et pourtant si révélateurs des sentiments. La musique sublime, ponctuée par la voix douce et chaude de Nat King Cole ("Quizas, Quizas.."), accompagne leurs hésitations maladroites et touchantes. La beauté troublante des deux acteurs, Tony Leung et Maggie Cheung, élégants et fragiles, complet sombre et robe rouge, est magnifiée par la photographie tout en clair-obscur de Christopher Doyle qui, de Nos années sauvages (1990) à ce dernier film, a signé la lumière de tous les films de Wong Kar-wai. Envoûtant.
Gérard Camy
Jeune Cinéma n°264, octobre 2000
1. "Happy Together", Jeune Cinéma n°246, novembre-décembre 1997.
2. À Cannes, "Dancer in the Dark", de Lars von Trier, Palme d’or et le Prix d’interprétation féminine pour Björk, Jeune Cinéma n°265, décembre 2000.
In the Mood for Love (Huāyàng niánhuá). Réal, sc : Wong Kar-wai ; ph : Christopher Doyle ; mont & déc : William Chang ; mu : Shigeru Umebayashi & Michael Galasso. Int : Maggie Cheung, Tony Leung, Siu Ping-lam, Rebecca Pan, Kelly Lai Chen, Roy Cheung, Paulyn Sun, Wong Man-lei, Chin Tsi-ang (Hong Kong-France, 2000, 98 mn).