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Vincent, François, Paul… et les autres (1974)
de Claude Sautet
publié le mercredi 11 mars 2026

par Henry Welsh
Jeune Cinéma n°83, décembre 1974

Sélection du Festival international du film de Téhéran 1974
Prix du Meilleur Film

Sorties le mardi 2 octobre 1974 et le mercredi 11 mars 2026


 


... Ou bien : Yves Montand, Michel Piccoli, Serge Reggiani... et les autres. À l’affiche, au commencement, trois grands acteurs, trois grands amis. Simplement ? Recommençons : il arrive souvent dans la bonne société que tout débute par une soirée mondaine : rencontres, "revoyures", mariages, etc., et cela fonctionne ou plutôt, dans ce film, aurait pu fonctionner. Un rouage se détraque et tout ou presque, se voile, se dévoile ; qu’est-ce qui empêche la machine, d’ordinaire si bien huilée, de tourner ? Est-ce à dire que l’histoire de ce film est celle d’un ratage ? et lequel ? Précisément la question est de bien situer les pièces de la machine.


 


 


 

D’abord, en filigrane, ce qui marque l’atmosphère du récit de Claude Sautet, c’est une certaine aisance d’où sont exclus les problèmes financiers et tout va bien, à part quelques faits divers du bon registre de la farce et du cocufiage. Mais ça n’empêche pas la vie de se poursuivre.
Puis les trois "gueules" de Yves Montand, Michel Piccoli et Serge Reggiani qui nous attachent à ce morceau de la vie bourgeoise entre un PDG, un médecin et un écrivain-journaliste (celui des trois qui détone) et qui nous mènent à travers leurs problèmes bien qu’on s’en défende, certainement grâce à leurs talents d’acteurs, grâce aussi à la justesse du scénario, à la finesse des observations, voire à une certaine discrétion des personnages, pas de larmoiements ridicules ni de grotesques scènes de ménages.


 


 


 

Enfin tous les autres - y compris les autres choses - et principalement les femmes, épousées, répudiées, choisies et surtout terriblement délaissées par leurs maris. Bref, des femmes convenables et circonvenues dans leurs rôles de femmes. Tous les autres, c’est aussi un petit monde gravitant autour des trois couples : le boxeur et sa femme - couple homogène, de milieu simple - d’autres couples mondains, des ouvriers "attachés" à leur patron, un méchant PDG en Rolls, etc...


 


 


 

Une dette que le PDG ne peut pas régler et c’est le crash. Il doit vendre son usine après avoir perdu sa maîtresse, échoué à reconquérir sa femme et fait un infarctus. Quant au médecin, sa femme le quitte. Les trois amis se retrouvent à l’occasion du match du boxeur - moment poignant de l’histoire de cette amitié virile qui est la seule concession de la vie à ces "infortunés". Amitié qui, tel le roman inachevé de l’écrivain semble résister aux méfaits du temps, pourvu qu’on y mette le prix et c’est justement ce que le film refuse de nous dire en le "naturalisant" : quel est le prix d’une telle amitié ?

Henry Welsh
Jeune Cinéma n°83, décembre 1974


Vincent, François, Paul… et les autres. Réal : Claude Sautet ; sc : C.S., Jean-Loup Dabadie & Claude Néron d’après son roman La Grande Marrade (1965) ; ph : Jean Boffety ; mont : Jacqueline Thiédot ; mu : Philippe Sarde ; déc : Théobald Meurisse ; cost : Georgette Fillon. Int : Yves Montand, Michel Piccoli, Serge Reggiani, Gérard Depardieu, Stéphane Audran, Marie Dubois, Umberto Orsini, Antonella Lualdi, Catherine Allégret, Ludmila Mikaël, Myriam Boyer (France-Italie, 1974, 118 mn).



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