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Orwell : 2+2=5 (2025)
de Raoul Peck
publié le mercredi 25 février 2026

par Nicolas Villodre
Jeune Cinéma en ligne directe

Sélection officielle Cannes première du Festival de Cannes 2025

Sortie le mercredi 25 février 2026


 


Raoul Peck, cinéaste militant haïtien connu pour ses films I Am Not Your Negro (2016), The Young Karl Marx (2017) (1) et Lumumba (2000), vient de sortir en salle son nouveau long métrage, Orwell : 2+2=5, qui fut sélectionné en mai 2025 au Festival de Cannes.


 


 


 

Comme l’indique le titre, le film traite en premier lieu de l’écrivain, Eric Arthur Blair, plus connu sous le pseudo de George Orwell (1903-1950) (nom provenant d’une rivière du Suffolk), adopté par lui en 1933 à Paris où il vivotait à cette époque, peu après sa démission, en 1927, de la police impériale en Birmanie. Il publia d’ailleurs ses premiers textes dans l’hebdomadaire communiste de Henri Barbusse, Monde, sous son véritable patronyme, Blair (2). Le titre complet du long métrage reprend le sophisme "2+2=5" qui se trouve dans Looking Back on the Spanish War (1943), et dans le chef d’œuvre de George Orwell, Nineteen Eighty-Four (1949).


 


 


 

Raoul Peck commence d’ailleurs son récit à cette date, précisément, sur l’île de Jura, en Écosse, et montrant l’écrivain achevant son roman le plus célèbre. Puis le cinéaste use de flashbacks illustrant la vie de l’écrivain et les sujets abordés par lui. Sa voix s’adresse directement au spectateur en disant des passages de ses romans et de ses mémoires. Dans la version originale, cette voix est celle de l’acteur anglais Damian Lewis et, dans la version française, celle du comédien du Français Éric Ruf.) Nombre de scènes et de périodes de sa vie sont reconstituées en fonction du récit. Celui-ci est complété par des photographies, des archives évoquant la thématique de l’auteur, des extraits du cartoon inspiré par son allégorie antistalinienne Animal Farm (1945), et des adaptations cinématographiques du roman antiautoritaire intitulé chez nous 1984.


 


 


 

Notons-en quelques : 1984 de Paul Nickell (1953, une production de CBS jouée et diffusée en direct dans le cadre du Westinghouse Studio One, avec Eddie Albert, Lorne Greene et Meg Mundy ; Nineteen Eighty-Four de Rudolph Cartier (1954) un téléfilm de la BBC avec Peter Cushing, André Morell, Yvonne Mitchell et Donald Pleasence ; 1984 de Michael Anderson (1956) avec Edmond O’Brien, Michael Redgrave et Jan Sterling  ; Nineteen Eighty Four de Christopher Morahan (1965) avec David Buck, Joseph O’Conor et Jane Merrow ; 1984 de Michael Redford (1984) avec John Hurt, Suzanna Hamilton et Richard Burton (le dernier rôle de celui-ci à l’écran). Raoul Peck a privilégié la version de la Columbia, réalisée par Michael Anderson, remarquablement interprétée par Edmond O’Brien.


 


 


 

George Orwell était issu de la classe moyenne anglaise dont les jeunes gens ne pouvaient s’élever socialement qu’en devenant militaires, ce qui leur permettait de chasser ou, du moins, de tirer au fusil, de pratiquer l’équitation à moindres frais et également de voir du pays. Comme son père, le jeune Eric s’engagea, fit partie de la police impériale et contribua à réprimer le peuple birman. Avant cela, cet élève extrêmement doué avait obtenu une bourse lui donnant accès au collège d’Eton, une des public schools les plus prestigieuses du royaume. Il eut pour professeur Aldous Huxley qui lui enseigna le français. Il est des chances que Brave New World, le roman d’anticipation ou dystopique, comme on dit de nos jours, publié par Aldous Huxley en 1932, ait particulièrement influencé Nineteen Eighty-Four.


 


 


 

Orwell : 2+2=5 présente quelques légers défauts. Le métrage est long ou, si l’on veut, trop généreux. Son auteur nous offre deux films pour le prix d’un : un biopic et un film de found footage. L’œuvre se présente comme une somme - une totalité sur le… totalitarisme. Il nous faut dès lors souligner le travail méticuleux de la cheffe monteuse, Alexa Strauss, et celui, considérable, de la productrice d’archives, Marie-Hélène Barbéris.


 


 


 

Les mécanismes kafkaïens ou orwelliens sont toujours les mêmes de nos jours qui s’appuient sur la censure, la surveillance, la police de la pensée, la corruption, bureaucratie, la guerre, la désinformation, l’I.A., le néoparler, les slogans contradictoires comme ceux en capitales lumineuses du plan avec trucage montrant le hall d’un grand magasin d’Oxford Street : "War is Peace, Ignorance is Strength, Freedom is Slavery". Big Brother prend les visages de Augusto Pinochet, Ferdinand Marcos, Vladimir Poutine, Viktor Orbán, George W. Bush, Donald Trump, etc.

Nicolas Villodre
Jeune Cinéma en ligne directe

1. "Le Jeune Karl Marx", Jeune Cinéma n°382-383, automne 2017.

2. La revue Monde a été créée en 1928 par Henri Barbuse et a cessé de paraître en 1935, à sa mort. Cf. l’article de l’article écrit en français, par Eric Blair, "La Censure en Angleterre", paru le 6 octobre 1928. En 1928 et 1929, en France, Eric Blair publia quatre articles, deux dans Monde et deux autres dans Le Progrès civique, un hebdomadaire de gauche, anti-impérialiste. Ces textes, dont la version en anglais a disparu, ont été republiés dans George Orwell, Écrits politiques (1928-1949). Sur le socialisme, les intellectuels et la démocratie, Marseille, éd. Agone, 2009, p. 3-48.


Orwell : 2+2=5. Réal, sc : Raoul Peck ; ph : Benjamin Bloodwell, Stuart Luck & Julian Schwanitz ; archives : Marie-Hélène Barbéris ; mont : Alexandra Strauss ; mu : Alexei Aigui. Avec George Orwell, U Win Khine, Min Aung Hlaing, Augusto Pinochet, Ferdinand Marcos, Yoweri Museveni, Vladimir Putin, George W. Bush, Colin Powell, Donald Trump, Joseph Stalin, Vyacheslav Molotov, Vladimir Lenin, Salman Rushdie, Albert Einstein, Malcolm X, Simone de Beauvoir, James Baldwin, Ernest Hemingway, Michael Moore, Jeff Bezos, Elon Musk, Mark Zuckerberg, Milan Kundera, Rupert Murdoch, Vincent Bolloré, Pierre Bourdieu, Marine Le Pen, Benjamin Netanyahu (France-USA, 2025, 119 mn). Documentaire.



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