par Hugo Dervisoglou
Jeune Cinéma en ligne directe
Sélection ACID au Festival de Cannes 2025
Sortie le mercredi 25 mars 2026
Dans la campagne colombienne, Ciro revient pour assister à la mort de sa mère après dix ans d’absence. Il accompagne ensuite son géniteur qui, pour enterrer sa femme, retourne sur la tombe de leur autre enfant mis en terre dans leur domaine désertique.
Complexe, la relation père / fils dépeinte, basée sur la confrontation d’un homme reprochant à son descendant d’être parti en niant son héritage spirituel, avec un fils reprochant à son père d’être resté pour vivre dans la misère, permet à Aurélien Vernhes-Lermusiaux d’ancrer le voyage de ses protagonistes dans le malaise. Une astuce scénaristique utile pour maintenir l’attention de son public active dans la mesure où pour narrer son histoire de retour du fils prodigue, l’auteur recourt aux partis pris exigeants de la lenteur contemplative, du silence et de la rétention d’information.
Ces trois choix, couplés au travail du cadre, sont commodes pour montrer le caractère surnaturel immanent à l’environnement, dont l’âpre beauté provient aussi bien de son ontologie mystique (en phase avec la culture ancestrale de la famille de Ciro) que de son essence hostile. Cette hostilité notamment est engendrée par la lumière dure qui frappe les visages desséchés des acteurs plus qu’elle ne les éclaire lorsqu’ils traversent le désert ; ce qui accroît ainsi l’intensité tragique de leur périple.
La musique envoûtante qui prend sporadiquement le relais de la narration contribue au caractère fantastique du film. Un aspect aussi abordé concrètement par l’usage parcimonieux d’effets spéciaux donnant vie à une faune occulte. Ainsi, à mesure que les personnages progressent au travers du désert, le public est touché autant par la relation filiale que par la nature initiatique du parcours. Ce qui permet la redécouverte d’une culture vulnérable qu’il faut tenter de préserver. Aussi belle et inquiète qu’elle est critique à l’égard d’une modernité technologique envahissante, la couleuvre noire est une élégante fable écologique.
Hugo Dervisoglou
Jeune Cinéma en ligne directe
La Couleuvre noire. Réal : Aurélien Vernhes-Lermusiaux ; sc : A.V.L. & Marlène Poste ; ph : Sylvain Verdet ; mont : Thomas Glaser ; mu : Dan McKinna & Stuart Staples ; déc : Marcela Cruz ; cost : Julian Grijalba. Int : Alexis Tafur, Miguel Ángel Viera, Angela Rodríguez, Laura Valentina Quintero, Virgelina Gil (France-Colombie-Brésil, 2025, 85 mn).