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Filles du ciel (les) (2025)
de Bérangère McNeese
publié le mercredi 25 mars 2026

par Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma n°441-442, mars 2026

Sortie le mecredi 25 mars 2026


 


Après trois courts métrages - Le Sommeil des Amazones (2015), Les Corps purs (2016) et Matriochkas (2019) - la Belgo-Américaine Bérangère McNeese nous offre ici son premier long métrage, qui met en scène d’une manière innovante un groupe de femmes qui se soutiennent mutuellement. C’est vrai que le scénario raconté ainsi n’a rien de bouleversant ni de très original mais le film tire sa force des personnages et de la mise en scène. Qu’on en juge : Héloïse n’a nulle part où aller. Elle fait la rencontre de Mallorie qui lui propose, après lui avoir sauvé la mise alors qu’elle avait volé dans un magasin, de l’héberger dans l’appartement qu’elle partage avec deux autres jeunes femmes. Héloïse va trouver là un nouveau foyer et une nouvelle famille. Mais leurs blessures passées menacent l’équilibre fragile entre ces femmes en apparence si solides.


 


 

Comme souvent, ce sont les courts métrages qui installent un style et il n’est pas étonnant que la réalisatrice avoue avoir été influencée par son premier court, dans lequel elle abordait déjà cette idée de colocation en marge, avec des jeunes femmes formant un groupe fermé, régi par des règles strictes, où la dynamique de groupe peut modifier les rôles, faisant passer de bourreau à victime et inversement. C’est ici en effet que le film se différencie de tous les films féministes sur la sororité avec leur air un peu moraliste. Ici, la réalisatrice prend le contre-pied de ce qui se raconte des relations entre femmes. Il est vrai que le vivre entre femmes, souvent blessées par la vie ou menacées par des hommes, peut passer pour un cocon protecteur, mais il n’est pas rare non plus que cette solidarité puisse apparaître aussi comme un danger, une limite de liberté, comme la réalisatrice le déclare : "Voilà pourquoi, ici, l’amour sororal des filles empiète doucement sur la liberté d’Héloïse, et sur sa part d’enfance".


 


 

Il se trouve en effet que la jeune Héloïse récemment recueillie dans cet appartement en apparence accueillant est enceinte et le groupe de femmes va cependant, nolens volens, influer sur son choix de se faire avorter ou non, se substituant ainsi à son libre-arbitre. Comme quoi, on peut aimer - ou faire semblant, ou aimer mal - tout en croyant bien faire pour la personne qu’on a prise en affection. On en revient souvent à ce point. Ainsi l’arrivée possible d’un bébé constitue "l’élément qui ramène à la dualité de ces filles, ajoute Bérangère McNeese. Quatre jeunes femmes qui doivent se débrouiller, c’est une chose, mais à partir du moment où il y a un bébé, cela fait immédiatement monter les enjeux d’un cran".


 


 

Servi par un casting remarquable d’énergie et de passion, le fim donne une impression à la fois de vitalité et de naufrage et c’est ce qui en fait sa force réaliste. Il propose également la création d’un monde social qu’on connaît certes mais qu’on ne fréquente pas toujours, le tout sous la lumière talentueuse du directeur de la photographie, Olivier Boonjing.

Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma n°441-442, mars 2026


Les Filles du ciel. Réal, sc : Bérangère McNeese ; ph : Olivier Boonjing ; mont : Christophe Evrard ; mu : Simon LeSaint. Int : Héloïse Volle, Shirel Nataf, Yowa-Angélys Tshikaya, Mona Berard, Anne Coesens (France, 2025, 96 mn).



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