par Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma n°437-438, été 2025
Sélection officielle Un Certain Regard du Festival de Cannes 2025
Sortie le mercredi 25 mars 2026
Entre le cinéma hindie et le cinéma indien indépendant, Neeraj Ghaywan pratique un cinéma classique sans recherche de style ni quête de modernisme mais des images vraies d’un monde surpeuplé qui plus est, d’une rare beauté. Dans ses films précédents Shor (2011) et Masaan (2015), il observe attentivement et décrypte les problèmes liés à la société indienne : le règne des castes, les tensions au sein du couple, la situation des femmes, le machisme, la pauvreté, le poids de la religion, les discriminations principalement sexuelles et la violence.
Avec Homebound, il relate avec délicatesse et beaucoup d’attachement, l’histoire d’une amitié entre deux jeunes gens qui tentent de passer le concours de la police nationale pour vivre de leur métier, dignement. Malheureusement rien n’est facile et ils sont peu à peu contraints de modifier leurs projets. Ils multiplient alors les petits boulots, essuyant réprimandes et brimades de la part de chefs fanatiques. Le film passe de la mélancolie à la tragédie, interprété par des acteurs splendides, capables d’amour et d’empathie, notamment lors de la scène finale sur le bord de la route, face au déchirement de la mort de l’un d’entre eux.
La beauté du film, à part les images splendides de Neeraj Ghaywan dans les filatures de coton et dans le village, ce sont celles qui transmettent de façon étonnante et réellement tangible la réalité de ce que peut être l’humanité, la foule en vie et en marche, un peu à la manière du cinéma de Youssef Chahine, - foule encadrée, maintenue de force par l’humiliation, la répression et les coups de baston -, portée par un regard réaliste et un attrait pour le monde rural. La question du destin des individus y est présente en permanence comme chez le réalisateur égyptien.
Comment discerner et suivre l’individu dans la foule, tentant d’entrevoir une existence personnelle et croire à un destin, quand le collectif est si puissamment emporté et broyé par le pouvoir. Pouvoir qui délaisse une situation impossible à résoudre, celle de l’immense pauvreté de tout un peuple et la brutalité qui découle de cette misère. Neeraj Ghaywan brosse un portrait de la jeunesse indienne confrontée aux pires difficultés pour étudier, aimer et vivre libre. Il dessine en outre, un portrait idéaliste mais véritable de l’être humain universel, aux passions exacerbées, aux sentiments à fleur de peau et profondément fraternel.
Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma n° 437-438, été 2025
Une jeunesse indienne (Homebound). Réal, sc : Neeraj Ghaywan ; ph : Pratik Shah ; mont : Nitin Baid ; mu : Naren Chandavarkar & Benedict Taylor ; déc : Mrugakshi Nadkarni & Khyatee Mohan Kanchan ; cost : Rohit Chaturvedi. Int : Ishaan Khatter, Vishal Jethwa, Janhvi Kapoor, Shalini Vatsa, Pankaj Dubey, Harshika Parmar, Chandan Anand, Daddi Pandey (France-Inde, 2025, 119 mn).