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Yellow Letters (2025)
de İlker Çatak
publié le mercredi 1er avril 2026

par Sylvie L. Strobel
Jeune Cinéma en ligne directe

Sélection officielle En compétition à la Berlinale 2026
Ours d’or

Sortie le mercredi 1er avril 2026


 


Avec Berlin dans le rôle d’Ankara, et Hambourg dans le rôle d’Istanbul, le film a été tourné en Allemagne, une terre d’adoption des Turcs. Le film se passe en Turquie, dans un milieu d’intellectuels créatifs. Aziz est prof à l’Université d’Ankara, écrivain, metteur en scène, Derya, son ancienne élève, est comédienne en pleine ascension dans son interprétation de leur spectacle cosmique, et leur fille Ezgi est en train de conquérir sa juvénile indépendance.


 


 

Ils sont centrés sur leur travail avec un engagement pacifiste plus organisé pour Aziz, plus spontané pour Darya, qui esquive avec agacement la demande d’une pause photo avec le gouverneur arrivé en retard à son spectacle. Ils se croient libres. Libres de soutenir les manifestants pacifistes, quand commence la traque des présumés sympathisants de la tentative de coup d’État du 15 juillet 2016 (1).


 


 

Ils se voient remettre une enveloppe jaune. Ces enveloppes de l’Administration turque annoncent généralement de mauvaises nouvelles : convocation pour un interrogatoire, réquisition, redressement fiscal, sanction… Ils sont révoqués, leur spectacle est annulé, les figurants renvoyés. Leur spectacle est annulé, les figurants sont limogés, et le directeur du théâtre considéré que la réunion qu’il organise pour le leur confirmer mérite leur reconnaissance. Les visites de la police chez eux gène le propriétaire et le voisinage. Ils doivent s’adapter, trouver des moyens de gagner leur vie.


 


 


 

La famille retourne à Istanbul où la mère d’Aziz l’accueille. Ils réagissent. Aziz prend sans attendre un emploi de chauffeur de taxi que lui a signalé son beau-frère, il connait bien la ville. Et il rallie subsidiairement un petit théâtre qu’il fréquentait dans sa jeunesse. Il accompagne avec réticence son beau frère à la Mosquée. Derya cherche à reprendre sa carrière, elle saisit un contact professionnel qu’Aziz avait repéré pour elle dans une série télé. Elle reprend les rituels du ramadan, mais cherche une école libre abordable pour Ezgi. Aziz surveille leur fille avec autorité et en appelle violemment à la responsabilité du garçon qu’elle veut rejoindre.
Finalement, on comprend qu’Aziz plus laïc que musulman, un peu largué mais sans rancune, aura besoin d’un congé sabbatique pour trouver sa place entre une société répressive et ces femmes qui ne rendent pas compte de leur indépendance.


 


 

İlker Çatak montre la brutalité de la rupture et la sidération de ses héros plus qu’il ne décrit ou explique la répression qui les a privés de leur statut social. Le film est centré sur des réactions individuelles à une situation politique répressive, rappelée par un fonds sonore extra-diégétique déstabilisant. Ses héros continuent à revendiquer de travailler comme ils estiment savoir le faire, et d’exprimer leurs opinions (raisonnables) comme ils le souhaitent, sans tutelle fonctionnelle. Comme s’ils ne demandaient qu’à poursuivre normalement leur carrière, sans conscience du luxe que constituait cette liberté, considérant peut-être comme acquis des droits dont ils n’ont pas anticipé la défense collective.


 


 

En même temps, le scénario estompe le système de victimisation de la position sociale des femmes, notamment avec ce contexte de confiance et de tendresse qui réunit ses héros, alors que la mère d’Aziz soutient discrètement les initiatives personnelles de sa belle-fille.
On retrouve dans ce dernier film de İlker Çatak, la qualité des échanges de La Salle des profs, déjà sélectionné à la Berlinale 20024 (1), classique dans la forme, assez novateur dans le fonds. Il a reçu l’Ours d’or de la Berlinale 2026.

Sylvie L. Strobel
Jeune Cinéma en ligne directe

1. Cette tentative de coup d’État par un petit groupe de militaires, qui a eu lieu a lieu dans la nuit du 15 au 16 juillet 2016 principalement à Ankara et Istanbul, a échoué, avec un bilan de plus de 290 morts et près de 1 500 blessés. A suivi, organisée par le président Recep Tayyip Erdoğan, une purge à grande échelle, 3 millions de citoyens ayant été poursuivis, 527 000 détenus, 160, 000 fonctionnaires, juges, militaires, élus, enseignants ont été licenciés car considérés comme favorables aux putschistes.

2. "La Salle de profs", Jeune Cinéma n°427-428, mars 2024.


Yellow Letters (Gelbe Briefe). Réal : İlker Çatak ; sc : I.Ç., Ayda Meryem Çatak & Enis Köstepen ; ph : Judith Kaufmann ; mont : Gesa Jäger ; mu : Marvin Miller ; déc : Zazie Knepper ; cost : Christian Röhrs. Int : Özgü Namal, Tansu Biçer, Leyla Smyrna Cabas, İpek Bilgin, Aydın Işık, Aziz Çapkurt, Yusuf Akgün, Jale Arıkan, Seda Türkmen, Emre Bakar, Elit İşcan, Sultan Ulutaş Alopé, Emine Meyrem, İpek Seyalıoğlu (Allemagne-France-Turquie, 2025, 128 mn).



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