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Femme de (la) (2025)
de David Roux
publié le mercredi 8 avril 2026

par Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma en ligne directe

Sortie le mercredi 8 avril 2026


 


On dirait que le film a été cousu sur mesure pour Mélanie Thierry qui y montre toutes les facettes de son immense talent, depuis ses débuts dans un film de Cheyenne Marie Carron, Écorchés en 2005. Cela ne veut pas dire, bien évidemment, que les autres acteurs et actrices ne valent rien, c’est un bel orchestre de chambre où chacun joue sa partition, même et y compris Alexandra Stewart dans le rôle secondaire de la tantine Marthe mise à l’écart, mais aussi bien sûr Éric Caravaca dans le rôle pas très sympathique du mari, Jérémie Renier dans celui de l’amant, Jérôme Deschamps dans celui du beau-père, et Arnaud Valois dans celui du beau-frère, etc. Et vous, qui voudriez-vous tirer au sort dans ce jeu des sept familles : le père, la mère ou les enfants ? Ils sont tous là, empruntés au roman de Hélène Lenoir, Son nom d’avant, mais ici la femme modèle, elle n’a même plus de nom, elle est "la femme de"…


 


 

David Roux a débuté comme journaliste de théâtre pendant quinze ans. Mais, parallèlement, il approche le cinéma d’abord comme assistant réalisateur et conseiller littéraire puis en signant deux courts-métrages, Leur jeunesse en 2012 et Répétitions en 2014. L’Ordre des médecins, son premier long-métrage, est sorti en France en 2019 après avoir été projeté en première mondiale au Festival de Locarno en 2018, sur la Piazza Grande, et sélectionné dans de nombreux autres festivals internationaux. La Femme de est donc son deuxième long-métrage. C’est un film bien ficelé, sorte d’hommage involontaire ou non à Claude Chabrol même s’il est dépourvu d’une quelconque approche du genre policier, mais il dépeint parfaitement la bonne bourgeoisie de province, avec ses traditions, ses détestations et ses secrets. Et c’est un film passionnant qu’on aurait du mal à définir comme féministe même s’il prend part à la cause des femmes. Et il n’est pas non plus sociologique ni didactique. Belle adaptation littéraire, il tient presque tout entier avec l’adage du théâtre classique : un seul fait accompli tient jusqu’au bout la salle remplie.


 


 

Jouant surtout sur le registre du vaudeville avec les amants, au moins deux, planqués non dans les placards mais dans les pièces et les jardins, le cinéaste met magnifiquement en scène une sorte d’héroïne de Maison de poupée (1) tout du moins une femme qui s’ennuie et qui cherche comment échapper au carcan familial et conjugal dans lequel elle s’est nolens volens empêtrée, sans être cependant une sorte de nouvelle "Madame Bovary"... Marianne aujourd’hui, c’est la femme d’un riche industriel, enviée et admirée, épouse modèle et mère de famille dévouée. Elle va avoir quarante ans et le confort de la vaste demeure familiale a lentement refermé sur elle son piège impitoyable.


 


 

Prisonnière d’un inextricable réseau d’obligations sociales, familiales et conjugales, complice de son propre effacement, elle a, sans même s’en apercevoir, renoncé à elle-même. Alors quand resurgit l’ombre de son passé, une brèche s’ouvre. Une autre vie serait-elle possible ? Et à quel prix ? C’est tous ces éléments que décortique David Roux avec le talent non d’un moraliste mais bien plutôt d’un fin observateur des travers de nos sociétés semble-t-il condamnées à revivre toujours le même scénario du mariage, d’une manière qui ne va pas sans évoquer certains aspects du cinéma hollywoodien qu’avait si bien analysés Stanley Cavell dans À la recherche du bonheur  : Hollywood et la comédie du remariage (Vrin, 1993, première édition et traduction française).

Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma en ligne directe

1. Proche de Nora, l’héroïne de Une maison de poupée de Henrik Ibsen (1879). La pièce a été adaptée au cinéma une dizaine de fois. Elle a été inscrite au registre international Mémoire du monde de l’UNESCO.


La Femme de. Réal : David Roux ; sc : D.R. & Gaëlle Macé, d’après le roman de Hélène Lenoir ; ph : Aurélien Marra ; mont : Benjamin Favreul ; mu : Quentin Sirjacq ; déc : Chloé Cambournac ; cost : Ariane Daurat. Int : Mélanie Thierry, Éric Caravaca, Arnaud Valois, Jérémie Rénier, Jérôme Deschamps, Jeanne Rosa, Lila Gueneau, Sarah Le Picard, Alexandra Stewart (France-Belgique, 2025, 93 mn).



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