Sur le sentier se veut un film sensible et poétique. En tournant entre Cancale et Saint Malo, sur la côte d’Émeraude, Gérard Jumel, réalisateur et producteur (1), signe ainsi son attachement profond à cette région découverte par ses soins il y a sept ans. Il séjourne régulièrement à quelques pas de la Touesse, à Saint-Coulomb. Filmé en grande partie le long du sentier du littoral, le film suit les pas d’un homme sur les lieux de son adolescence. En bord de mer, sur le sentier de son enfance, Paul se remémore ses vacances avec Marie son amour de jeunesse. Cet été 1973 lui souffle au visage. Il est de retour dans la maison de vacances de sa jeunesse. Ils n’avaient que 16 ans et s’étaient promis de rester ensemble toujours. Mais la jeune fille a disparu peu de temps après leur serment, après lui avoir annoncé qu’elle partait vivre en Inde. Il n’aura plus jamais de nouvelles.
C’est là, entre les embruns et les souvenirs, que Paul aujourd’hui à la soixantaine croit reconnaître celle qu’il a aimée autrefois. Une femme sur la plage peint une aquarelle comme Marie le faisait. Est-elle de retour ? Cette intrigue constitue le corps de ce récit intimiste qui va se centrer sur le personnage de Paul et ses propres réflexions sur le sens de son existence. Le réalisateur qui joue le rôle de Paul explore les thèmes de la mémoire, de l’illusion et du temps qui passe.
Au travers de métaphores : le sentier comme parcours de vie, les théories sur l’astronomie sur la place humaine dans le monde et les relations amoureuses, le personnage principal décline, à l’aide de nombreux retours en arrière, son propre vécu. Le côté amateur du jeu d’acteurs et le scénario assez mince donnent prétexte au réalisateur d’introduire dans la narration des personnages fictifs qui avalisent les défauts du jeu en trouvant le récit charmant dans une forme d’auto-congratulation.
Les très belles images de la côte bretonne, la mer et la sonorité si particulière du sentier ne suffisent pas à compenser la faiblesse de la fiction. Et si l’on essaie de s’attacher au cœur du propos, à savoir cette relation perdue, peu de sentiments s’en échappent. En effet, les scènes entre Paul et Marie durant l’été 1973 sont exemptes de comportements amoureux. Leur relation est montrée au travers de discussions entre deux personnes qui envisageraient le mariage comme une pratique de conformisme social. Ils discutent de leurs rôles respectifs comme d’une tractation. Pourtant nous sommes là dans une année plutôt charnière du féminisme en France. De fait, Marie revendique sa liberté et sa volonté de ne pas devenir une femme au foyer. On ne connaîtra pas le point de vue de Paul. Son attitude vis à vis de cette femme énigmatique est sans doute une piste de ce que Paul pense réellement…
En conclusion, il est dommage que le sentier du film se rétracte sur un petit chemin très (trop) personnalisant sans précisément aborder la découverte, la beauté et la poésie du monde dans le rapport à l’autre…
Anita Lindskog
Jeune Cinéma en ligne directe
1. Gérard Jumel, mon parcours.
Sur le sentier. Réal, sc, mont : Gérard Jumel ; ph : Paul Olinger ; mu : François Bernaud. Int : Gérard Jumel, Florence Branger, Christophe Briand, Charles Rivière, Joana Watremetz, William Devigne (France, 2025, 101 mn).