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Grosse Verhau (der) (1971)
de Alexander Kluge
publié le lundi 30 mars 2026

par Alexander Kluge
Jeune Cinéma n°67, décembre 1972-janvier 1973

Sélection officielle du Forum de la Berlinale 1971

Inédit en salles en France


 


"Alexander Kluge", cela se traduirait "Alexandre Le sage", donc c’est presque un nom prédestiné. Par son calme, son côté méditatif, son sens de l’intérêt commun et son esprit de solidarité. Alexander Kluge est le "sage" du "Jeune cinéma allemand".
Dans la flambée de 1966-1967, Anita G., (1) son premier long métrage était un événement. L’intelligence concrète et la force vitale de sa sœur, Alexandra Kluge, interprète de Anita venait contre-blalancer la réflexion de Alexander Kluge, parfois difficilement accessible à force d’ambition et d’honnêteté. Le second film, Les Artistes sous le chapiteau... perplexes (2), débouchait dans une abstraction excessive. Mais Der grosse Verhau - littéralement : "La Grande Casse" -, qu’il a réalisé depuis, est un film dont on comprend mal qu’il ne nous soit pas encore parvenu. Propos très neuf qui associe science-fiction et et sociologie-fiction. Beaucoup d’humour et même de drôlerie. Un décor qui évite les grandes machines à la page pour revenir à Jules Verne ou Georges Mélies, parce que l’imagination du spectateur est, pense Alexander Kluge, comme celle de l’enfant qui joue mieux avec des bouts de ficelle qu’avec des jouets électroniques. Il nous done, ici le contenu de son film.

Jeune Cinéma

1. "Anita G.", Jeune Cinéma n°17, septembre 1966.

2. "Les Artistes sous le chapiteau... perplexes", Jeune Cinéma n°34, novembre 1968.


La situation en 2034.

En l’an 2034, la guerre civile sévit dans le Cosmos. Ce combat de tous contre tous est le choc en retour du fait qu’un Grand monopole, la Compagnie du Canal de Suez, a acquis la suprématie sur l’ensemble des transports, des moyens de communication et sur tous les instruments politiques de transformation sociale. Dans la Voie Lactée une grande pagaille règne.


 

Vincent et Marie Sterr, navigateurs d’étoiles, ont acheté un vaisseau spatial. ils détraquent le système électronique des autres vaisseaux, les contraignent à la chute, ou bien les pillent et vendent les bateaux vidés, moyennant primes, à des compagnies d’assurance. Outre cela, ils fabriquent de faux passeports. Arrêtés par la police de l’Espace, condamnés à la prison, ils s’évadent.


 

La société de transport "Joint Galactical Transport", une petite entreprise organise des transports illégaux. Avec des vaisseaux de vieux type, moins cher, plus vite et par des itinéraires risqués - pour autant que le Monopole le permet. En cas de succès ces firmes sont rachetées. Le pilote spatial Douglas, jadis bombardier, ancien mutin, est maintenant pilote en second à la "Joint Galactical". Il a le doigt léger sur la gâchette de son canon de bord. Puisqu’il est frustré, il en résulte des dommages dont fait les frais la Compagnie qui l’a enfermé dans une capsule trop étroite.


 

Depuis 30 ans la population de la capitale de la Galaxie attend dans les abris la fin des attaques spatiales quotidiennes. Un dernier représentant de la population U.S. approche, dans son yacht de luxe, du port spatial Kruger 60. On ne comprend pas qu’il s’agit d’une mission de paix. La flotille de garde de Kruger 60 l’abat avec son yacht.


 

Le film se situe après la destruction de la Terre. Sept révolutions galactiques ont échoué. Six guerres spatiales ont été perdues. Malgré cela la situation n’apparaît pas telle que dans le 1984 de Georges Orwell. Le Monopole, la Société du Canal de Suez, ne tire pas ses bénéfices d’un matériel - papier mort, les actions -, mais d’un travail vivant, en particulier du travail des petites entreprises qui sillonnent l’Espace. Ce sont ces petites entreprises qui font le progrès, par leur foi profonde dans les possibilités d’exploitation du Cosmos. Ces gens-là vivent sur la devise : "Dans deux ans tout est fini" et sur cette devise, ils vivent éternellement.


 

Les impressions des astronautes devant le monde des étoiles.

Les astronautes voient peu de choses de la richesse des étoiles à travers les créneaux de leur capsule strictement rétrécie. Pendant que leurs raquettes de transport font circuler les valeurs, ils sont assis à la pointe de la raquette dans une cabine minuscule. Dans ces cages étroites, quelquefois, on ne peut pas faire, en tout, plus de sept mouvements. Durée du voyage : 18 mois. Pour ces pilotes, la richesse des étoiles et l’immensité de l’Espace est une mauvaise plaisanterie.


 

Un thème du film est la contradiction entre cette immensité d’espace et de richesse et la particulière étroitesse des conditions d’exploitation dans lesquelles les hommes doivent vivre. On se demande pourquoi les hommes - en particulier aussi les habitants de l’État de Galaxie dans leurs abris - continuent à participer. Certains ont désormais perdu l’espoir. Mais d’autres espèrent encore ramasser pour eux quelque chose de cette richesse.

Alexander Kluge
Jeune Cinéma n°67, décembre 1972-janvier 1973

* Cf. aussi "Entretien avec Alexandre Kluge", Jeune Cinéma n°67, décembre 1972-janvier 1973.


Der grosse Verhau. Réal : Alexander Kluge ; sc : A.K., Paul Sweezy et Paul A. Baran d’après Le Capital monopoliste, un essai sur la société industrielle américaine (1966) ; ph : Thomas Mauch ; Alfred Tichawsky ; mont : Beate Mainka-Jellinghaus & Maximiliane Mainka. Int : Vinzenz Sterr, Maria Sterr, Sigi Graue, Henrike Fürst, Hayo von Zuendt, Sylvia Forsthofer, Hark Bohm (RFA, 1971, 86 mn).



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