par Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma en ligne directe
Sélection officielle Perspectives de la Berlinale 2026
Sortie le mercredi 15 avril 2026
Après cinq courts métrages fort remarqués, Muriel d’Ansembourg nous offre son premier long, qui vient d’être présenté à la Berlinale 2026 dans la section Perspectives. Également consultante en scénarios, la réalisatrice est, semble-t-il, promise à un bel avenir, et son premier film a secoué les critiques présents à Berlin : le sujet du film, tout comme son traitement, est particulièrement percutant et de nature vraiment provocatrice. Il semblerait que c’est dans cette direction que se dirige maintenant sa filmographie.
Truly Naked s’appuie sur l’ensemble de ses courts qui ont défini sa voix et sa vision. Muriel d’Ansembourg développe un thème fort : explorer l’intimité dans des contextes surprenants, à travers des personnages qui recherchent des liens dans des endroits où l’intimité authentique est difficile à trouver. Son récit, provocateur sans être exhibitionniste, joue entre naturalisme et narration repoussant les limites, et explore l’industrie de la pornographie, nous faisant découvrir quelque chose de brut, de complexe et cependant d’une sensibilité inattendue. Le film est net, carré, efficace, mais assez effrayant comme miroir de notre société contemporaine.
Un jeune homme assez timoré, dont la mère est une ancienne actrice porno, vit seul avec son père, acteur, producteur et réalisateur de films pornographiques, dont il est devenu peu à peu le caméraman attitré.
Lorsqu’il tombe amoureux d’une jeune fille de sa classe avec laquelle il doit rédiger un exposé sur le thème "Internet et la pornographie", il va peu à peu découvrir qu’il y a autre chose derrière ces images brutes et charnelles, même si la fin du film réserve quelques surprises.
Truly Naked surprend dans sa manière même, dans sa vraie-fausse candeur et sa totale absence de jugement moral ou moraliste car, comme son titre l’indique, il ne présente que la vraie nudité. On ressent l’aspect prétendument innovant de l’exploitation du corps humain qui doit aller toujours plus loin - manifeste dans la séquence difficilement supportable du poulpe -, et celui des amours de jeunesse qui ne sont faites que de découverte du corps et de maladresse.
Aidée par un casting particulièrement bien choisi, à commencer par le jeune homme (Caolán O’Gorman) mais aussi Andrew Howard, Alessa Savage, Safiya Benaddi, ainsi que la photographie de Myrthe Mosterman et le montage de Emiel Nuninga, Muriel d’Ansembourg est parvenue à entrer dans le mystère du désir des hommes et de ces image sulfureuses dont il est recommandé de ne pas parler. Et que peu de cinéastes sont arrivés à montrer et à décortiquer.
Elle peut être satisfaite d’avoir réussi le pari inscrit dans sa note d’intention : "Cette histoire m’a entraînée vers un endroit où je n’étais jamais allée auparavant, et je l’ai suivie. Je voulais faire un film qui s’aventure en terrain inconfortable, mais avec délicatesse. Un film qui invite à s’asseoir près de ses personnages sans les juger. Non pas pour tout expliquer ou tout résoudre, mais pour ressentir".
Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma en ligne directe
Truly Naked. Réal, sc : Muriel d’Ansembourg ; ph : Myrthe Mosterman ; mont : Emiel Nuninga ; mu : Evgueni & Sacha Galperine. Int : Caolán O’Gorman, Lindsay Marshall, Andrew Howard, Alessa Savage, Safiya Benaddi (France-Belgique-Pays-Bas, 2025, 102 mn).