Nathalie Baye (1948-2026) est morte vendredi dernier, le 17 avril 2026.
La presse française l’a unanimement saluée avec les clichés d’usage, "l’immense actrice", "l’icône", etc., sans doute d’une façon excessive pour une personnalité aussi discrète - à part sa relation avec Johnny Hallyday entre 1982 et 1986, alors qu’ils n’appartenaient pas au même monde -, et pour une carrière solide et respectée, mais sans éclat particulier. À la télévision, cela apparaissait presque comme une actualité qui pouvait pour contrebalancer les mauvaises nouvelles des guerres du monde.
Elle était née dans une famille d’artistes peintres, avait fait très tôt des études de danse, puis avait suivi le cours Simon et le Conservatoire d’art dramatique. Par la suite, elle a donc suivi, comme sagement, ce chemin très tôt tracé. Elle a d’abord un peu travaillé au théâtre (privé et public) entre 1970 et 2009, avec Gabriel Garran (1929-2022), Lucian Pintilie (1933-2018), ou Jean-Louis Benoît, né en 1947.
Au cinéma, elle devint une actrice très prolifique, avec une filmographie vagabonde entre films d’auteurs et films grand-public, entre premiers et seconds rôles. On lui compte 110 films et téléfilms, en plus de 50 ans, entre 1970 (avec 3 apparitions) et 2023, avec parfois 4 films par an (en 1981, en 1990, ou en 2006).
Elle avait commencé à être été remarquée à 25 ans, dans un petit rôle de La Nuit américaine de François Truffaut (1973).
Mais peut-être que le public l’a surtout découverte en 1980, dans Une semaine de vacances de Bertrand Tavernier parce qu’elle y tenait un premier rôle remarquable.
Et, la même année, dans Sauve qui peut (la vie) de Jean-Luc Godard, parce que c’était un Godard sélectionné à Cannes.
On se souvient aussi d’un film demeuré rare, Le Retour de Martin Guerre de Daniel Vigne, dont elle partage la vedette avec Gérard Depardieu (1982).
Ou également de Notre histoire de Bertrand Blier (1984).
Sa carrière internationale, elle, mérite justement d’être regardée sans le filtre trop flatteur des hommages. Elle ne s’y est jamais vraiment installée. Certes, il y a des noms, Marco Ferreri en 1976, Claude Goretta en 1981, et, plus surprenant, on trouve Paul Morissey, avec Le Neveu de Beethoven (1985). Et même Tsai Ming-liang venu en France tourner au Musée du Louvre : Visage (2009).
Mais les seuls qu’on retienne, c’est en 2002, Arrête-moi si tu peux (Catch Me If You Can) de Steven Spielberg (2002), cité par Variety dans sa courte nécrologie, qui n’est pas vraiment un chef d’œuvre.
Et le second film qu’elle a tourné avec Xavier Dolan, Juste la fin du monde (2016) parce que le film a remporté le grand prix du Festival de Cannes.
En réalité, Nathalie Baye est restée profondément ancrée dans le paysage français, d’une certaine façon, elle appartenait à cette fameuse "qualité française" en la prolongeant, si souvent moquée. C’était sans doute un choix, c’était aussi une limite.
Elle a été reconnue et récompensée, avec 4 Césars, et des prix dans les festivals.
Par exemple, Une liaison pornographique de Frédéric Fonteyne avec Sergi López, où elle avait reçu un prix d’interprétation à la Mostra de Venise 1999.
À partir de 2010, elle a reçu des prix "pour l’ensemble de sa carrière", une carrière en effet exemplaire, longue donc forcément inégale. À la télévision, on se souvient d’elle dans son propre son rôle dans la série à succès Dix pour cent (2015-2020),
On l’a dite actrice engagée, ce qu’elle fut en effet, pour la défense de l’environnement contre le réchauffement climatique, et aussi pour le droit à l’euthanasie. Mais par ailleurs, en décembre 2023, elle a aussi signé une tribune en soutien à Gérard Depardieu accusé de viol.
Elle était dépourvue de toute sophistication, elle ne jouait pas les stars, alors qu’elle aurait sans doute pu et su le faire.
Elle aura travaillé jusqu’à 75 ans, en 2023, et son dernier rôle fut pour un premier film, La Nuit du verre d’eau, de Carlos Chahine.