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Nous l’orchestre (2025)
de Philippe Béziat
publié le mercredi 22 avril 2026

par Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma n°443, mai 2026

Sélection officielle du festival du film francophone d’Albi Les Œillades 2025

Sortie le mercredi 22 avril 2026


 


Philippe Béziat vit passionnément la musique. Très tôt, il réalise des courts métrages musicaux, tourne ensuite pour la télévision et se lance dans la réalisation de documentaires-opéras pour le cinéma, Pelléas et Mélisande en 2009, Noces, Stravinski / Ramuz en 2011, Traviata et nous en 2012, et le splendide Les Indes galantes de Jean-Philippe Rameau en 2021, dans la mise en scène de Clément Cogitore, qui eut un retentissement public exceptionnel. Et voici ce cinquième long métrage, documentaire-symphonie sur l’Orchestre de Paris et son jeune chef finlandais Klaus Mäkelä, par ailleurs violoncelliste. Ce film est pour Philippe Béziat un nouveau pari. Il parvient à donner une vue d’ensemble de l’orchestre composé de cent dix-neuf musiciens, comme il rend compte des individualités, de leurs corps comme de leurs jeux, et fait entendre Rimski-Korsakov, Prokofiev, Mahler, Stravinsky, Bartok, avec une ampleur étonnante.


 


 

Pour ce faire, il élabore une écriture relevant de plusieurs genres cinématographiques. À partir du style documentaire traditionnel, il ponctue la narration d’ouvertures multiples, fragmentant le récit ordinaire et offrant des chemins de traverse. Par exemple, alors que retentit un morceau de Rimski-Korsakov ou de Bartok, les réflexions d’un musicien s’inscrivent en lettres blanches sur l’écran noir, en désynchronisation, proposant ainsi au spectateur de passer d’un espace sonore à l’espace mental de la lecture. Ou encore, il filme les visages des musiciens en plans rapprochés et portraits individuels, silencieux ou parlant, mais inaudibles pour le spectateur, car, en fond sonore, retentit la musique. À d’autres moments, au contraire, l’un d’eux, exprime son ressenti sur l’orchestre, et durant l’installation agitée des musiciens, nous entendons la musique comme s’ils étaient déjà en train de jouer.


 


 

La salle de concert de la Philharmonie de Paris, magnifiquement filmée, nous donne l’impression d’y pénétrer par les plis et plissés courbes de l’architecture, pour atteindre le noyau même de l’orchestre, un vaste cœur ouvert vers la lumière, où convergent la passion, le talent et le génie musical. On y perçoit aussi la personnalité des instrumentistes, le trac, la remise en question, les errements, les manquements et surtout le travail considérable de chacun d’eux.


 


 

Jour après jour, du déchiffrage intense des partitions aux répétitions solitaires et collectives, Philippe Béziat filme tout ce qui entoure et constitue l’existence même de l’orchestre. Son installation, la place des instrumentistes, cuivres, bois, cordes, percussions. Puis dans chaque catégorie, les différents instruments disposés en arcs, avec de très beaux plans sur les violoncellistes, contrebassistes, violonistes, altistes. Les prises de sons et d’images sont d’une grande beauté, avec quelques moments de grâce et d’émotion – le cor anglais en solo de Gildas Prado, le basson de Yuka Sukeno et un bonheur absolu avec l’ensemble des musiciens.

Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma n°443, mai 2026


Nous l’orchestre. Réal, sc : Philippe Béziat ; ph : Raphaël O’Byrne ; mont : Henry-Pierre Rosamond ; montage musical : Thomas Dapello, Raphaël Allain. (France, 2025, 90 mn). Documentaire.



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