par Hugo Dervisoglou
Jeune Cinéma en ligne directe
Sélection officielle de ACID au Festival de Cannes 2025
Sortie le mercredi 22 avril 2026
New York, Adnan arrive pour travailler à l’exposition d’un vieil artiste rencontré quelques mois plus tôt. Structuré en trois chapitres et une conclusion, montés à rebours, sans didactisme, Drunken noodles narre les rencontres sexuelles et fantasmagoriques de son héros. Et comme la part de réalité ou d’imaginaire dont relèvent ces expériences n’est jamais explicite, le public est projeté dans un univers hallucinatoire où vérités et fantasmes sont indissociables.
Cette ambiance ambivalente émane donc aussi bien de la structure du film que de la caractérisation de personnages qui acceptent cette situation telle quelle, et du travail esthétique qui, avec cadres esthétisants, décors naturels et couleurs chaudes, évoque le genre de la fantaisie et ancre le fabuleux dans le réel. Ces qualités graphiques soulignent aussi efficacement la chaleur de l’environnement qui va amplifier les troubles érotiques de personnages dont on vient à se demander s’ils sont réels, héros inclus.
Le tour de force consiste en ce que, malgré cette incertitude grandissante, l’empathie ne diminue pas, mais augmente. Il en va ainsi notamment grâce au jeu des acteurs qui malgré leur apparent détachement font perler des émotions contradictoires via leurs regards. De plus, là où la crudité des scènes de sexe aurait pu rendre le film vulgaire, l’humour, l’en garde. Car la collusion des comportements détachés des personnages avec des mœurs fantasmagoriques (sans oublier des dialogues inspirés) génère une ironie de situations permettant la mise à distance des moments observés.
La musique guillerette, employée sporadiquement, elle, achève autant de provoquer l’humour que de donner son aspect de conte à Drunken Noodles. L’ensemble relaie un message social limpide bien que jamais énoncé : le sexe sans amour mène à la solitude. Le film est frontal sans provocation, un appel au lâcher-prise et à l’emploi de l’imagination érotique pour contrer les déshumanisantes nouvelles technologies.
Hugo Dervisoglou
Jeune Cinéma en ligne directe
Drunken Noodles. Réal, sc, mont : Lucio Castro ; ph : Barton Cortright ; mu : Robert Lombardo & Yegang Yoo ; déc : Paloma Ruvira ; cost : Yegang Yoo. Int : Guillermo García Arriaza, Celine Costa, Joél Isaac, Ezriel Kornel, John Arthur Peetz, Matthew Risch, Laith Khalifeh (Argentine, 2025, 81 mn).