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Monte là-dessus ! (1923)
de Fred Newmeyer & Sam Taylor
publié le mercredi 22 avril 2026

par Francis Guermann
Jeune Cinéma n°443, mai 2026

Sorties le vendredi 26 décembre 1924, et les mercredis 12 octobre 2005 et 22 avril 2026


 


Le film le plus célèbre de Harold Lloyd est connu pour cette séquence d’anthologie de l’escalade périlleuse d’un immeuble de Los Angeles : suite de quiproquos, de gags, énergie et rapidité, Harold Lloyd manquant de chuter à chaque étage (attaque de pigeons, aiguilles d’une horloge géante auxquelles il s’accroche), péripéties qui s’enchaînent sous les regards médusés d’une foule attroupée dans la rue. Le film finit comme il se doit avec Harold dans les bras de son amoureuse, au sommet de l’immeuble.


 


 


 

L’homme aux lunettes d’écaille et au canotier, au succès phénoménal depuis la fin des années 1910, avec ses courts métrages burlesques, d’abord sous l’apparence du personnage "Lonesome Luke", puis à partir de 1918, "Him" (Lui), puis simplement Harold, avait abandonné au passage les facilités et les déguisements des slapsticks, ainsi que ses compagnons faire-valoir - le pitre Snub Pollard et la femme convoitée Bébé Daniels -, pour adopter la tenue sobre du jeune homme simple bien dans son temps, modeste mais ambitieux, personnage n’aspirant qu’à deux choses : l’amour et la reconnaissance sociale et financière. Harold Lloyd s’entoure alors d’acteurs plus réalistes (Mildred Davis qui deviendra son épouse) et se lance dans les longs métrages à partir de 1921.


 


 


 

Dans Safety Last, il est Harold, jeune homme qui quitte sa petite ville en promettant à sa belle de trouver une bonne situation à Los Angeles avant de revenir l’épouser. Mais après quelques mois, la vie étant dure, il n’a trouvé qu’un modeste emploi de vendeur de tissu dans un grand magasin, et il tarde à payer son loyer qu’il partage avec un colocataire. Dans ses courriers, il ment à sa promise en lui faisant croire qu’il a atteint un poste important et lui envoie des cadeaux pour lesquels il s’endette. Lasse d’attendre, la belle lui fait la surprise de venir le voir, ce qui déclenche une avalanche de situations hilarantes.


 


 


 

Le comique de Harold Lloyd est à son apogée dans ce film réglé au millimètre, ce qui est la marque de toutes ses productions des années 1920. S’il n’est pas crédité en tant que réalisateur, il est entouré d’une équipe de gagmen et ideamen à l’expérience éprouvée avec lesquels il peaufine les situations sans s’enfermer dans un script contraignant. Dans un entretien pour la revue Film Quaterly, en 1962, il a déclaré : "Nos scénarios étaient très, très malléables. En fait, bien souvent nous commencions par la fin. Je crois que nous avons entrepris Safety Last en filmant l’ascension sur la façade de l’immeuble. Nous en fûmes contents, nous avions réussi ce que nous cherchions à faire et, pleins d’enthousiasme, nous sommes revenus en arrière pour trouver un début et un milieu" (1).


 


 


 

Harold Lloyd privilégie ainsi la spontanéité et l’efficacité, comme tout bon cinéaste issu du burlesque et de l’école de Hal Roach, qui fut son producteur jusqu’au milieu des années 1920, avant qu’il le devienne pour lui-même. Les arguments des films comptent moins que le rythme, la réussite des ressorts comiques et le succès populaire possible (et celui-ci est gigantesque). Les preview sont organisés avant chaque sortie d’un film, devant un public varié, et font figure de test. Ces moments sont analysés par l’équipe qui n’hésite pas modifier le film en fonction des réactions de ces premiers spectateurs, supprimant même une bobine entière si nécessaire lorsque le public est trop tiède à ses yeux.


 


 


 

Mais cette méthode, si elle paraît quasi-industrielle et préfigure les process des séries dans lesquelles tout est conçu et analysé en fonction des réactions du public, ne doit pas cacher une évidence : après cent ans, les films de Harold Lloyd gardent cette fraîcheur et cette virtuosité qui continuent à nous subjuguer. Ils sont les témoins d’une époque et la qualité du rire qu’ils provoquent est toujours intacte. Nous n’avons qu’un seul regret : les titres français des films, d’une banalité et d’une vulgarité affligeante, même s’ils sont ceux donnés lors des premières diffusions des films en France, ne rendent pas justice à la qualité des œuvres. Pourquoi les garder ?

Francis Guermann
Jeune Cinéma n°443, mai 2026

1. Cité par Raymond Borde, dans Harold Lloyd, revue Premier Plan n°49, Lyon, Serdoc, novembre 1968.


Monte là-dessus ! (Safety Last !). Réal : Fred Newmeyer & Sam Taylor ; sc : S.T., Hal Roach & Tim Whelan ; ph : Walter Lundin ; mont : Thomas J. Crizer. Int : Harold Lloyd, Mildred Davis, Bill Stroher, Westcott Clarke, Noah Young (USA, 1923, 67 mn).



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