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Petit Frère (le) (1927)
de Ted Wilde & J.A. Howe
publié le mercredi 22 avril 2026

par Francis Guermann
Jeune Cinéma n°443, mai 2026

Sortie le mercredi 22 avril 2026


 


À la suite du décès de son père, Mary Powers (Jobyna Ralston) poursuit malgré elle, forcée par l’ancien associé de son père accompagné d’un frustre homme à tout faire, l’affaire de "Medicine Show" qui les mène avec leur carriole à travers la campagne dans le but de proposer leurs remèdes et potions en tous genres. Ils arrivent dans une contrée dirigée par l’intègre shérif Jim Hickory (Walter James), un veuf vivant avec ses trois fils dans leur petite ferme. Le benjamin est Harold (Harold Lloyd), plus chétif que son père et ses frères, solides gaillards de la campagne qui le traitent comme un gamin dévoué aux tâches ménagères. En leur absence, Harold signe naïvement une autorisation pour que le "Medicine Show" s’installe dans le village. En réalité, les deux forains, à l’insu de Mary, montent un coup pour voler la recette d’une collecte devant permettre la construction d’une digue, argent sous la responsabilité du shérif qui est rapidement accusé de détournement. Harold, qui était entre temps tombé sous le charme de Mary, entreprend de mener l’enquête pour sauver son père.


 


 


 

Contexte dépaysant dans ce pseudo-western qui est une exception parmi les films de Harold Lloyd, évoluant habituellement dans les villes contemporaines, en complet-veston et canotier. Mais ce transfert est heureux pour plusieurs raisons : une histoire plus complexe qui met en scène de multiples personnages, un rapport à la Nature, un soin esthétique de l’image et de belles trouvailles visuelles. Tout cela vient s’ajouter au "cahier des charges" des productions de l’acteur : efficacité, rythme, gags qui s’enchaînent, rencontre amoureuse et morceau de bravoure qui concentre toutes les actions spectaculaires, paroxysme qui permet au héros de se révéler et de s’accomplir. On pourrait presque comparer cette structure commune des films de Harold Lloyd à une relation amoureuse, du premier flirt au corps-à-corps final. C’est en effet l’aspect très physique et concret de son cinéma qui mêle progressivement l’ordinaire de son personnage à une extraordinaire capacité de dépassement, d’un quotidien vers un plaisir sans remord.


 


 


 

Ce "magicien désinvolte d’une civilisation optimiste", comme le décrivait Raymond Borde, ou "créateur paradoxal" (1) n’avait pas de message à faire passer… ou alors inconsciemment. Seul le rire comptait. La séquence de la première rencontre entre Harold et Mary renferme un moment absolument poétique et suggestif. Alors qu’elle fuit dans la forêt le libidineux comparse du forain qui la pourchasse, Mary se réfugie dans un buisson alors qu’Harold arrive. L’affreux menaçant est repoussé par Harold qui se munit d’un petit bâton… sans voir qu’un serpent s’était enroulé autour. L’affreux s’enfuit épouvanté. Mary et Harold échangent innocemment quelques premiers mots de présentation puis se séparent. La belle, s’éloignant, descend la petite colline où ils se trouvaient et Harold grimpe dans un arbre pour la saluer une dernière fois, puis monte encore en plusieurs degrés, chaque fois saluant Mary s’éloignant. Moment poétique et exploit technique, à cette époque, pour ce beau et rare panoramique vertical, filmé en un seul plan, qui dévoile une profondeur de champ donnant sur la nature et témoigne de la précision du tournage. Ted Wilde, le réalisateur du film, est sans doute pour quelque chose dans cette qualité qu’on retrouve dans le film suivant de Harold Lloyd, Speedy en 1928 (2). Mais il meurt d’un AVC en 1929, à l’âge de quarante ans.


 


 


 

Les vingt dernières minutes du film consistent en une course-poursuite trépidante durant laquelle Harold, seul, réussit à confondre les voleurs cachés dans un vieux cargo échoué, s’emparer de l’argent, se battre et faire prisonnier le malfrat survivant, puis revenir à temps au village pour sauver son père de la pendaison… et convoler avec sa belle Mary. Mais vingt minutes si pleines de gags qu’on pourrait imaginer plusieurs films avec ces seuls matériaux.

Francis Guermann
Jeune Cinéma n°443, mai 2026

1. Dans The Kid Brother se trouvent de belles trouvailles visuelles, sans raison ni action, mais qui pourraient intéresser un psychanalyste freudien.

2. "En vitesse", Jeune Cinéma n°443, mai 2026.


Le Petit Frère (The Kid Brother). Réal : Ted Wilde & J.A. Howe ; sc : John Grey, Lex Neal & Howard Green ; ph : Walter Lundin ; mont : Allen McNeil. Int : Harold Lloyd, Jobyna Ralston, Walter James, Leo Willis, Olin Francis, Constantine Romanoff, Eddie Boland, Frank Lanning, Ralf Yearsley (USA, 1927, 84 mn).



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