par Gérard Camy
Jeune Cinéma n°338-339 juillet 2011
Sélection officielle En compétition du Festival de Cannes 2011
Sortie le mercredi 28 septembre 2011
Épidermique, brutal, bruyant, glaçant… La cinéaste écossaise Lynne Ramsay, remarquée dès son premier film, Ratcatcher, en 1999 (1), nous livre un récit angoissant, d’une sècheresse absolue, où le rouge (sang, peinture, jus de tomate, confiture de fraise) structure la pathologie effrayante du fils, et où les flashback construisent l’univers mental dévastée de la mère. Le film offre un des portraits d’enfant sans doute les plus terrifiants que le cinéma nous ait jamais proposé. Face à lui, une mère rejetée, qui s’interroge. A-t-elle mis au monde un monstre, est-elle responsable ?
Kevin est un jeune homme, il est enfermé dans une cellule après avoir commis un acte irréparable. Sa mère, Eva, lui rend visite. Elle a mis sa vie professionnelle et ses ambitions personnelles entre parenthèses pour élever son enfant. Plus de seize ans après, la communication entre eux ne fonctionne toujours pas. En remontant le cours de sa vie, avant et après la naissance, elle tente d’imaginer ce qu’elle aurait pu faire et de comprendre ce qu’elle aurait dû faire.
Mais n’était-il pas déjà trop tard ? Dès le début, Kevin a eu des problèmes et l’aversion entre mère et fils est d’emblée avérée. Le bébé crie. Il ne cessera de crier, d’une façon ou d’une autre. À 8 ans, il porte encore des couches et s’excite sur des jeux vidéo d’une violence extrême. Plus tard, il passe ses journées sur des sites porno ou dans la salle de bains à se masturber, quand il ne martyrise pas sa petite sœur.
De sombres pressentiments planent sur cette famille dont le père, d’une lâcheté banale, refusant toute confrontation, fuit en permanence. L’extraordinaire Tilda Swinton, hébétée, solitaire, incomprise, titube dans sa vie, erre, pathétique, à la recherche d’un peu d’amour, d’un peu d’espoir. Peine perdue. Kevin est bien un monstre dotée d’une intelligence machiavélique. Il impose défis et confrontations dans une lutte à mort qu’il choisit d’orchestrer. Ezra Miller est un Kevin sardonique dont regard et voix ont perdu la moindre once d’humanité. Un film puissant et radical.
Gérard Camy
Jeune Cinéma n°338-339 juillet 2011
1. "Ratcatcher", Jeune Cinéma n°260, février 2000.
We Need to Talk About Kevin. Réal : Lynne Ramsay ; sc : L.R. & Rory Stewart Kinnear, d’après le roman de Lionel Shriver ; ph : Seamus McGarvey ; mont : Joe Bini ; mu : Jonny Greenwood ; déc : Judy Becke ; cost : Catherine George. Int : Tilda Swinton, John C. Reilly, Ezra Miller, Siobhan Fallon Hogan, Ursula Parker, Lauren Fox (Grande Bretagne-USA, 2011, 110 min).