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JC n°443, mai 2026

publié le jeudi 14 mai 2026

Couverture : John Aasen et Harold Lloyd, dans Why Worry ? de Fred C. Newmeyer & Sam Taylor (1924)

Quatrième de couverture : Anaïs Demoustier dans La Vénus électrique de Piere Salvadori (2026).

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ÉDITO JC n°443, mai 2026

 

Lorsque ce numéro paraîtra, il ne restera que quelques jours aux heureux élus pour repasser leur smoking et soigner leur décolleté, dans l’attente du tapis rouge qui les mènera au sein des saints, le Grand Théâtre Lumière, en grimpant au ralenti les degrés qui leur assureront les trente secondes de notoriété, sans lesquelles la vie ne vaudrait pas d’être vécue. Voilà soixante-dix-neuf années que le rituel est installé, il n’y a aucune raison pour que le Festival de Cannes l’abandonne, au risque de faire le désespoir des télévisions et de la "brigade des escabeaux", accrochée dès l’aube à son bout de trottoir face aux marches, pour photographier le dos des stars. Cannes, qui mettra, douze jours durant, une sourdine au tumulte du monde, sans pour autant l’oublier - comme chaque année, l’Ukraine ou Gaza seront là, en attendant l’Iran ou le Liban en 2027, liste non limitative. Il y aura toujours de la ressource.

L’annonce de la sélection officielle n’a pas déclenché de bronca. Si certains noms sont ceux de familiers de la compétition, personne ne s’en est offusqué : Pedro Almodovar, Asghar Farhadi, James Gray, Hirokazu Kore-Eda, Christian Mungiu, Laszlo Nemes, Pawel Pawlikowski, Andrey Zvyagintsev n’ont plus à prouver leur légitimité.
Et ceux qui y figurent pour la première fois - Ryusuke Hamaguchi, Koji Fukada, Valeska Grisebach, Rodolfo Sorogoyen - sont des outsiders dont on peut tout espérer. On verra plus loin le bref panorama que nous avons pu établir du cinéma français - il y a peu de chances qu’un des films hexagonaux décroche la récompense suprême, mais ils ne déparent pas dans le tableau. Comme il est d’usage, notre numéro d’été reviendra dans le détail sur un festival qui demeure sans égal.

La parution, il y a quelques jours, de L’Annuel du cinéma 2026 nous apprend tout sur les 689 titres sortis en 2025 (vingt et un de plus qu’en 2024). Usuel indispensable, désormais en souscription (un tel pavé ne trouverait que peu d’acheteurs dans la poignée de librairies de cinéma survivantes), il dresse un bilan précis du paysage, objectif - des chiffres -, et subjectif - des appréciations. Nous préférons toujours les premiers aux secondes : savoir qu’un film obtient un point noir ou quatre étoiles nous indiffère, nous préférons goûter la cuisine nous-même - d’autant que la bienveillance des rédacteurs nous épate, qui considèrent que l’année nous a offert vingt-neuf chefs-d’œuvre et deux cent soixante et un films excellents (40 % des films proposés).
En revanche, les chiffres tracent un bon état des lieux, pas tellement pour les produits millionnaires - Avatar, Une bataille après l’autre ou Les Tuche  -, que pour ceux négligés par le public. On découvre ainsi que, parmi les 85 films qui ont rassemblé moins d’un millier de spectateurs, se trouvent des cinéastes chevronnés, comme Paul Vecchiali pour Bonjour la langue, avec 924 entrées, Dominique Cabrera pour le remarquable Le Cinquième Plan de La Jetée, avec 947 entrées, Sergei Loznitsa pour L’Invasion, avec 651 entrées, ou Vera Chytilova avec ses deux titres inédits de 1962, Le Plafond et Un sac de puces, respectivement 61 et 30 entrées). Il y a là de quoi désespérer de la curiosité des cinéphiles - certes, l’espèce est en voie de disparition, mais des flops d’une telle ampleur nous laissent pensifs. Faut-il lutter pour la survie d’un cinéma non normalisé ou lâcher prise face à la loi du marché ? Beau sujet de réflexion.

La disparition de Nathalie Baye (1948-2026) a déclenché une vague de sympathie qui nous a étonnés. Même s’il y a très peu de titres à oublier dans son impeccable filmographie, nous ne pensions pas qu’elle avait atteint ce statut de reconnaissance publique qui fait d’un acteur ou d’une actrice "quelqu’un de la famille". Nous l’avions découverte en 1974 dans La Gueule ouverte, ce grand film insoutenable de Maurice Pialat, elle ne nous a jamais déçus ensuite.

Le décès de Alexander Kluge (1932-2026) a eu moins d’écho, ce qui était prévisible, son dernier film sorti ici remontant à 1979. Parmi les réalisateurs du nouveau cinéma allemand des années 1960, il fut, dès mars 1965, l’auteur le plus abordé par Jeune Cinéma, seule revue à avoir accordé sa couverture à un de ses films, Anita G. (1) pour le n°67, décembre 1972. Il faisait partie des amis de Jean Delmas et de Andrée Tournès, qui l’ont souvent rencontré - tout ce qui le concerne, articles et entretiens, est aujourd’hui accessible sur le site de la revue. Daniel Sauvaget, qui l’avait également connu à l’époque de Image et Son-La Revue du cinéma, lui consacre, quelques pages plus loin, l’hommage qu’il mérite.

Au sommaire de ce numéro, du contemporain et du patrimonial. Côté moderne, le cinéma français à Cannes et un portrait de Takao Osawa, né en 1968, acteur japonais inconnu sur nos rivages, sauf pour ceux qui ont vu en dvd Ichi, la femme samourai de Fumihiko Sori, que notre spécialiste, Andrea Grunert, nous assure digne d’intérêt. Côté ancien, outre Alexander Kluge, Harold Lloyd (1993-1971), longtemps moins célébré que ses collègues, mais dont on peut constater aujourd’hui, grâce aux rééditions en salles, les vertus comiques intactes, qui soutiennent la comparaison avec Charlie Chaplin (1889-1977) et Buster Keaton (1895-1966).
Les livres sur le cinéma continuent de paraître - il doit donc rester des lecteurs. Notons, parmi les derniers ouvrages reçus : Cinésoliste de Philippe Collin et Un mur contre l’oubli de Jacques Kebadian, tous deux chez Marest, Le Portrait de l’artiste, écrits 1927-1977 (Jean Renoir, Les Impressions nouvelles), Tout Visconti (Jean A. Gili & Piero Spila, Gremese), tous recommandables (comptes rendus dans le n° 444 de Jeune Cinéma).

Et nous dédions ce numéro à la mémoire de Laurent Bourdon, ami fidèle de la revue, biographe de Alfred Hitchcock, de Claude Chabrol (2)
et de Harry Baur, brutalement disparu.

Lucien Logette
Jeune Cinéma n°443, mai 2026

P.S. Rappelons que notre collaboratrice Lou Leoty a obtenu, en février 2026, le Prix de la Jeune Critique, décerné par le Syndicat français de la critique de Cinéma.

1. "Anita G.," Jeune Cinéma n°17, septembre 1966.

2. Cf. Jeune Cinéma n°404-405, hiver 2020.



 

SOMMAIRE JC n°443, mai 2026

 

 
Cinéma français
 

* Les films français au Festival de Cannes 2026, par Lucien Logette.

 
Du monde entier
 

Coup d’œil sur le cinéma japonais :

* Takao Osawa, figures héroïques et hommes tendres, par Andrea Grunert.

* Le Japon au Festival d’Alès 2026, par Alain Souché.

* Carmen de Kawachi, par Patrice Bougon.

* Ginza Cosmetics, par Nicole Gabriel.

 
Festivals
 

* Cinébaltique 2026, par Nicole Gabriel.

* Cinemed, Montpellier 2025, par Alain Souché.

* Göteborg 2026, par Jean-Max Méjean.

* Itinérances, Alès 2026, par Alain Souché.

* Michael Mann, Lyon 2025, par Lou Leoty.

 
Patrimoine
 

* Alexander Kluge (1932-2026) par Daniel Sauvaget.

* Harold Lloyd en quatre films, par Francis Guermann.

* Cinéma, spoliations, restitution, par Éric Le Roy.

* Tinto Brass III, par Alexis Leroy.

 
Cinéma & Surréalisme
 

* Yves Tanguy & Kay Sage, par Lucien Logette.

* Rencontre avec Fabrice Maze, par Lucien Logette

 
DVD
 

* Glanures. De John Ford à Ann Hui, par Philippe Roger.

* Mitchell Leisen, un esthète oublié, par Alexis Leroy.

 
Cinéma & Collectionneurs
 

* René Chateau aux enchères, par Éric Le Roy.

 
Chercheurs & Curieux
 

* Maupassant oublié, par Claude Gauteur.

 
Actualités
 

* Nous l’orchestre, par Gisèle Breteau Skira.

* Dao, par Jean-Max Méjean.

* Bait, par Nicole Gabriel.

* Cinque secondi, par Gisèle Breteau Skira.

* The Plague, par Jean-Max Méjean.

* Mi amor, par Hugo Dervisoglou.

* Father, par Gisèle Breteau Skira.

* The World of Love, par Jean-Max Méjean.

 
Livres
 

* Christine Leteux, Maurice Tourneur, réalisateur sans frontières, par Alexis Leroy.

* Bernard Stora, Dans Le Cercle rouge, par Éric Le Roy.

* Jacques Aumont, À quoi sert le cinéma ? par Gisèle Breteau Skira.

* Gilles Delavaud, Profession : reporter de Antonioni, par Jean-Michel Ropars.



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