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Au bout du conte (2013)
de Agnès Jaoui
publié le mardi 23 mai 2023

par Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma n°350-351, printemps 2013

Sélection officielle du Festival international de Valladolid 2013

Sortie le mercredi 6 mars 2013


 


Agnès Jaoui nous a habitués à des films légers, drôles, mais toujours engagés, avec son complice, Jean-Pierre Bacri, coscénariste de tous ses films. Après Le Goût des autres en 2000, Comme une image en 2004 (1) et Parlez-moi de la pluie en 2008, Au bout du conte, chef d’œuvre mélancolique, narratif, choral et optimiste. La bande-annonce, qui a envahi les écrans avant la sortie du film, bien que très réussie, nous faisait tout craindre, car, bien souvent, l’attente d’un film peut se retourner contre l’œuvre. Non, tout est parfait et jubilatoire. Depuis le casting malgré le peu supportable Benjamin Biolay utilisé ici juste comme il faut, dans le rôle d’un loup prétentieux et suffisant, jusqu’aux dialogues, tout est mis en place pour offrir au spectateur une réflexion sur la vie, divertissante et quasiment philosophique tout à la fois.


 


 


 

En ayant bâti un scénario à partir des contes de fée, et en donnant l’occasion aux acteurs d’incarner des personnages que nous connaissons depuis l’enfance, le film se donne un ton et un style peu rencontrés récemment, sauf dans certaines niaiseries américaines. On retiendra des dialogues qui risquent fort de devenir cultes, surtout lorsqu’ils sont prononcés par la voix et avec le ton inimitables d’un Jean-Pierre Bacri au meilleur de sa forme. Ainsi, la leçon de conduite entre Agnès Jaoui et lui, qui servit longtemps la bande-annonce et dont on ne se lasse pas. Mais aussi le récit de la jeune fille (Agathe Bonitzer) qui raconte à un Jean-Pierre Bacri désabusé sa rencontre avec son fils, l’adorable Arthur Dupont, découvert dans Les Saveurs du palais de Christian Vincent (2012), ici un peu bègue, encore plus tendre et plus humain.


 


 


 

Le film commence presque par : "Il était une fois", et se déroule dans des lieux magiques comme les célèbres ateliers de Paolo Calia aux Frigos (Paris, XIIIe), antre du baroque délirant style Cinecittà, ou une scène de théâtre pour enfants. Ballottés, amoureux transis ou âmes câlines désespérées, les personnages visitent toutes les situations comiques, tragiques mais aussi anodines de l’existence, sans se départir d’un infaillible sens de l’humour qui fait mouche à chaque fois. Ènième variation sur le thème de l’amour qui habite tous les contes de fées conclus par "ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants", Au bout du conte n’est pas blasé, mais se donne comme objectif de penser autour de l’enfance. Jean-Pierre Bacri le définit très bien lui-même : "Dans la réalité, une fois que tu as rencontré ton prince ou ta princesse charmant(e), il se passe quoi ? Il se passe quoi une fois le livre refermé… ? On voulait une sorte de variation sur le couple tel qu’il est ou tel qu’il devient, et sur l’amour en général." Mission accomplie.

Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma n°350-351, printemps 2013

1. "Comme une image," Jeune Cinéma n°290, juillet 2004.


Au bout du conte. Réal : Agnès Jaoui ; sc : A.J., Jean-Pierre Bacri ; ph : Lubomir Bakchev ; mont : Fabrice Rouaud ; mu : Fernando Fiszbein ; déc : Thierry Rouxel ; cost : Elsa Gies. Int : Agnès Jaoui, Jean-Pierre Bacri, Agathe Bonitzer, Albert Dupont, Benjamin Biolay, Didier Sandre, Dominique Valadié, Nina Meurisse (France, 2013, 112 min).



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