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Father (2025)
de Tereza Nvotová
publié le mercredi 27 mai 2026

par Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma n°443, mai 2026

Sélection officielle Horizons de la Mostra de Venise 2025

Sortie le mercredi 27 mai 2026


 


Michal (Milan Ondrik) le père (d’où le titre du film), Zuzka (Dominika Moravkova) la mère, et leur petite fille Dominika vivent heureux dans une vaste maison. Quand survient en pleine canicule, un événement tragique, les parents sont dévastés par la douleur et le chagrin.
Tereza Nvotova, réalisatrice slovaque née dans le monde du cinéma - une mère actrice et un père cinéaste -, a côtoyé de près le métier et appris à saisir l’émotion et la sensibilité par de longs et beaux plans-séquences. Elle réalise ce troisième long métrage dramatique dans le style percutant et direct déjà à l’œuvre dans ses précédents films, style devenu peu à peu sa marque artistique. Souvent intéressée par les sujets de société, elle décrypte dans Mečiar (2017) les liens obscurs d’un homme politique, dénonce, dans Spina (2028), les agressions sexuelles perpétrées par l’entourage familial, et dans Father se plonge dans l’intimité d’un couple.


 


 


 

Un couple et l’amnésie d’un père face à sa fille. Un moment d’oubli d’une gravité extrême, un tourment dû peut-être à une surcharge de travail, que l’on découvre au début du film par une narration très nerveuse et fragmentée. Que s’est-il passé dans la tête de Michal pour qu’il pense voir sa fille partir toute seule comme chaque matin à l’école, alors qu’il la laisse dans la voiture attachée à son siège d’enfant ? Un instant très étonnant sur le plan visuel, une séquence presque mentale, tant elle semble inscrite dans son imaginaire et arrive, perçue comme telle "réellement fantomatique et muette" sur l’écran. Le traitement de cette scène est capital, par rapport aux autres scènes réalistes où Father accompagne l’enfant à l’école. Quelque chose dans le rythme, dans l’espace, dans la couleur donne l’impression d’un autre monde, un monde sorti du cerveau de Michal.


 


 


 

Le scénario est pensé, structuré et écrit comme rarement. Rien, aucun détail, n’est laissé au hasard, tout est sous contrôle avec une maîtrise exemplaire. La suite de l’événement tragique entraîne très vite la suspicion de meurtre, l’accusation, le jugement populaire, les menaces, la société s’empare de l’histoire, juge et désigne le père coupable. Le couple est contraint de se séparer, alors que leur amour est toujours vivant et même plus encore. Ils sont l’un et l’autre habités d’un amour visible, d’un amour d’une beauté d’âme exceptionnelle. Impossible de croire à la culpabilité de Father, et d’ailleurs, pour les spectateurs, elle ne peut être, mais cependant, dans la tête de Michal, malgré tout le doute plane.


 


 


 

Cette ambivalence est dite, sans insistance, simplement pour réajuster la gravité de la situation morale. La beauté du film réside dans sa mise en scène brillante d’intelligence et d’affection vers la résilience et le sursaut amoureux de ce couple. Du premier jogging à travers la campagne, où Michal goûte avec bonheur la fraîcheur matinale sur ses joues, à l’ultime jogging, où il court jusqu’à l’épuisement, terrassé au sol, le récit de sa vie se déroule implacable et dramatique. Sa mort filmée du ciel qui n’est pas sans évoquer la fuite de l’innocent Cary Grant devant l’avion dans La Mort aux trousses de Alfred Hitchcock (1959), résonne comme la plus triste injustice et reste d’une grande beauté.

Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma n°443, mai 2026


Father (Otec). Réal : Tereza Nvotova ; sc : T.N. & Dusan Budzak ; ph : Adam Suzin ; mont : Nikodem Chabior ; mu : Pjoni & Ink Midget. Int : Milan Ondrik, Dominika Moravkova, Peter Bebjak, Ingrid Timkova, Dominika Zajcz (Slovénie-Pologne-Tchéquie, 2025, 102 mn).



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