par Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma n°443, mai 2026
Sélection officielle Un certain regard du Festival de Cannes 2025
Sortie le mercredi 3 juin 2026
Énième film sur l’enfer que certains enfants font vivre à leurs camarades, ce premier long métrage de Charlie Polinger fait mouche, même si on a du mal à le suivre tout du long, puisqu’il semble hésiter sans cesse entre film psychologique et film social qui étudierait le fascisme et le sadisme en latence chez tout jeune être humain. "Pas besoin de grill, l’enfer c’est les autres", avait fait déclarer Jean-Paul Sartre dans une de ses pièces les plus connues, Huis clos (1943). Et, dans ce film, justement, nous sommes dans un vrai cercle fermé, celui des pensionnats, des colonies de vacances, des casernes et autres lieux de cauchemar pour les garçons à problèmes, ici en l’occurrence un camp d’entraînement au water-polo qui accueille des boutonneux méchants menés par un leader mi-angélique, mi-diabolique.
La victime ? Un enfant mal dans sa peau, Eli, que les autres accusent d’avoir la peste et devenu ainsi un véritable intouchable. C’est ainsi que fonctionnent les sociétés claniques ou même les structures autoritaires, en excluant, en ostracisant. La prochaine victime ? Un autre garçon à problèmes, mais un peu plus hardi et moins crédule, Ben (bien interprété par le jeune Everett Blunck) qui osera s’approcher du pestiféré et en subira les conséquences jusqu’à se faire exclure de la petite bande d’affreux. Hormis le maître-nageur, assez paternel cependant et cependant peu équivoque, incarné par un très crédible Joel Edgerton, les adultes sont assez absents, comme s’ils se délestaient de leur marmaille afin qu’elle trouve une voie dans le sport.
L’ensemble donne un film assez étrange et presque de science-fiction, comme si cette ambiance aquatique et refermée sur elle-même créait les conditions idéales d’une micro-société sadique, dirigée par un petit clan, à la fois hypocrite et cruel. La peste, qui donne son titre au film The Plague, est partout et semble prête à dévorer le monde, d’autant que la fin du film, ouverte, ne laisse pas grand espoir sur l’avenir des hommes. Il n’est pas étonnant que le prochain film de Charlie Polinger soit consacré à l’adaptation du Masque de la mort rouge de Edgar Allan Poe (1842).
Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma n°443, mai 2026
The Plague. Réal, sc : Charlie Polinger ; ph : Steven Breckon ; mont : Henry Hayes & Simon Njoo ; mu : Johan Lenox. Int : Everett Blunck, Kayo Martin, Kenny Rasmussen, Joel Edgerton (USA-Australie-Roumanie, 2025, 95 mn).