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Becker, Tania & Decroux, Catherine (livre)
Maximilien Decroux (2015)
publié le jeudi 4 juin 2026

par Nicolas Villodre
Jeune Cinéma n°373, mai 2016

Maximilien Decroux. Au-delà du mime, Paris, Riveneuve, 2015.


La récente parution, aux éditions Riveneuves et Archimbaud, de l’ouvrage de Tania Becker & Catherine Decroux, Maximilien Decroux, au-delà du mime, est l’occasion de revenir sur le rapport des Decroux, père et fils, au 7e Art.
Le réformateur de l’art du mime en France, Étienne Decroux (1898-1991), formé à cette discipline par Jacques Copeau (1879-1949) à partir de 1923, eut pour élève son propre fils, Maximilien Decroux (1930-2012), et le mime le plus connu de la planète, Marcel Marceau (1923-2007). Il tint le rôle de Deburau père, Anselme Debureau dans le film de Marcel Carné, Les Enfants du paradis (1945,) tandis que son cadet et condisciple, Jean-Louis Barrault (1910-1994), avec lequel il avait mis au point la "marche sur place", y incarnait celui de Baptiste Debureau.

Étienne Decroux a participé à une vingtaine de films de fiction. Il a aussi volontiers accepté que soient captés en 16 mm ses leçons, exercices et numéros, dispensés aux États-Unis et en Europe. Aux documents amateurs ou substandards tournés dès la fin des années 1950, il convient d’ajouter deux documentaires de 1961 ayant maintenant force historique et valeur artistique, l’un, produit par la section théâtre de l’Université baptiste de Baylor, au Texas, l’autre, réalisé par Gilbert Comte, intitulé Le Théâtre d’Étienne Decroux. Au Vieux-Colombier, le corps des élèves mimes était "aussi nu que la décence le permettait", mais Étienne Decroux pense sans doute au gros plan lorsqu’il observe que le visage seul est impudique : "Lui seul révèle notre personne intime, ce que nous somme".

Maximilien Decroux, lui, a fait des apparitions qui montrent l’élégance et la précision de ses mouvements et le caractère poétique de son personnage dans une vingtaine de bandes, films et émissions de télévision confondus. Deux de ses sketches, interprétés par Edie Cardel et Jean-Pierre Sentier, furent diffusés par l’Ed Sullivan Show au milieu des sixties.
Père et fils reconnaissent leur dette vis-à-vis des artistes du cinéma muet qui ont perpétué et approfondi la pantomime. Étienne Decroux écrit ainsi dans Paroles sur le mime (1963) : "Je veux au moins que ce recueil se termine par le nom du gymnaste, de l’artiste, du citoyen, dont l’âme, assurément, dépasse le métier : Charlie Chaplin". Il dédie par ailleurs un chapitre de cet ouvrage au danseur Georges Pomiès (1902-1933), mime, danseur et acteur chez Claude Autant-Lara et Jean Renoir.

Maximilien Decroux (dont le prénom se réfère aussi bien à Robespierre qu’à Max Linder (1883-1925), féru de "joke américain", se soucie de la perception du geste théâtral en prenant pour exemple un truc ou effet filmique : "Le spectateur voit bien ce qui est joué sur le côté et difficilement ce qui est joué en profondeur. Ainsi Georges Méliès fit-il un film, "La Tête qui grossit" (1), en faisant avancer la caméra jusqu’au maximum". Il collabora étroitement à Gamme de 7 (1964) de Jacques Polieri, (1928-2011) première rencontre scénographique de la danse et d’une projection vidéo sur grand écran, utilisant des images électroniques des danseurs filmées et restituées en direct par Jean-Christophe Averty.

Pour conclure, rapprochons le geste du mime de la slow motion cinématographique, ce que fait Étienne Decroux lorsqu’il note avec lyrisme : "Face au ralenti de cinéma qui décompose le réel, nous aurions une lenteur qui compose l’idéal".

Nicolas Villodre
Jeune Cinéma n°373, mai 2016

1. L’Homme à la tête en caoutchouc de Georges Méliès (1901).


Tania Becker & Catherine Decroux, Maximilien Decroux ; au-delà du mime... , préface de Jean-Claude Cotillard, Paris, Riveneuve 2015, 286 p.



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