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Tsigane, sur la route avec Tamèrantong (la) (2024)
de Sébastien Lefèbvre
publié le vendredi 5 juin 2026

par Anita Lindskog
Jeune Cinéma en ligne directe

Sélection du Festival du film d’action sociale de Nancy 2024

Sortie le mercredi 3 juin 2026


 


La Tsigane de Lord Stanley (1) est une œuvre théâtrale que 24 enfants et adolescents gadgitos de la Plaine Saint-Denis ont joué pendant huit années sur les planches. Cette pièce sur le thème des Roms, du racisme et de l’exclusion portée par des comédiens de 6 à 16 ans déborde d’une énergie communicative. Ce spectacle constitue pour ces jeunes d’un quartier cosmopolite, non seulement le miroir de leurs ressentis au quotidien mais le reflet de leurs questionnements sur la vie. Ce documentaire retrace leur épopée théâtrale rendue possible grâce au travail acharné et conjugué des enfants, des jeunes et des adultes de la compagnie Tamèreantong (2). Les représentations ont donné lieu à une tournée magistrale en France, puis en Slovaquie, dans des théâtres et également au cœur des bidonvilles Roms. Le film se veut le récit d’une enfance enrichie par le théâtre avec des jeunes qui se sont épanouis et ont grandi tout au long de cette aventure artistique. Le travail intransigeant de la compagnie Tamèrantong permet de s’affranchir du regard dominant sur les quartiers et leurs jeunesses. Tout le film de Sébastien Lefèbvre (3) traduit cet autre regard différent et libérateur.


 


 

L’ouverture du film c’est la fin de l’aventure avec cette dernière représentation où l’émotion explose, les jeunes sont en larmes et se serrent dans les bras. Après cinq années de tournée, le spectacle prend fin. Le projet a débuté en 2011 à la Plaine Saint-Denis, quand les Roms sont alors durement stigmatisés, désignés comme "l’ennemi de la nation", raconte Christine Pellicane, fondatrice de la compagnie. Des bidonvilles se développent dans ce Nord parisien. Les clichés racistes contre les Roms se multiplient. La pièce a été conçue comme un moyen de lutter contre les idées réactionnaires et l’exclusion. "Les jeunes avaient eux-mêmes des préjugés. Dans le film, ils disent d’ailleurs que quand on ne connaît pas, on a peur de l’autre. Du coup, pour casser les préjugés, on leur explique qu’ils en sont eux-mêmes victimes", souligne la metteuse en scène. Peu à peu, des rencontres ont lieu, des échanges se font et les jeunes sont sensibilisés à la question du racisme anti-Roms. "On a tous vu des Roms se faire expulser, se faire maltraiter, injurier. Et cela fait mal", raconte un jeune acteur dans le documentaire. Ainsi l’aventure de huit années démarre, depuis la création de la pièce avec les premiers ateliers d’initiation, en passant par les premières représentations, en 2013, de la région parisienne à Nice puis Vesoul. Au total, une cinquantaine de tournées ont lieu jusqu’en 2018.


 


 

L’idée principale du documentaire, celle de garder la trace, est née vers la fin de la tournée. Le film rend compte de l’évolution des jeunes que l’on voit grandir et changer à travers le temps. Le montage alterne des images d’archives - captées par le réalisateur ou d’autres -, et des entretiens récents où les acteurs et actrices expliquent, quasiment deux ans après la dernière représentation, tout ce que le projet leur a apporté. "On les voit évoluer dans le théâtre, mais aussi dans leur vie en général. C’est incroyable de voir comment la compagnie a accompagné ces jeunes. Quand ils sortent de l’aventure, ils sont prêts pour la vie", témoigne le réalisateur Sébastien Lefèbvre, qui suit la compagnie depuis près de vingt ans. Le documentaire lui permet de montrer toute la richesse du travail de la compagnie, son rôle à la fois social et éducatif. Christine Pellicane l’exprime à sa manière en disant que "L’artistique est indissociable de l’acte social et éducatif. On fait de l’éducation populaire. Ce n’est pas que du théâtre".


 


 

L’exigence dans le travail est une des caractéristiques de la Compagnie. En effet, les jeunes, comme des professionnels répètent parfois plusieurs fois par semaine. Ils s’améliorent pour réaliser des performances artistiques de qualité, dont certaines sont impressionnantes. Lors de la tournée en Slovaquie en 2018, les jeunes ont même joué la pièce en slovaque. Ils ont appris pendant plusieurs mois leur texte dans la langue du pays. "Une prouesse incroyable" souligne Ivan Akimov de la compagnie Kesaj Tchave, qui a aidé à l’organisation de la tournée dans le pays. "On est tombé de notre chaise. C’était un miracle linguistique", poursuit-il. La pièce est jouée dans un bidonville tsigane. Les jeunes dionysiens en gardent un souvenir puissant. Comme le dit Sébastien Lefèbvre, "Plus que du théâtre, La Tsigane raconte un moment de vie".
Soudain, on se prend à rêver que toute la société soit à l’image de ce moment de vie ….

Anita Lindskog
Jeune Cinéma en ligne directe

1. La comédie La Tsigane de Lord Stanley est inspirée du conte Norma et le Beau Lord écossais de Jean Portail (1970), qui reprend une légende gitane de la Camargue sur une histoire d’amour. La première est une Tsigane pauvre. Et le deuxième est un Gadjo, un étranger dans la langue romani, riche aristocrate. Tout les oppose, mais ils tombent amoureux. Et doivent se battre contre leur milieu respectif. Un Roméo et Juliette comique et loufoque. "C’est une pièce qui porte sur la différence et l’amour", résume Ilefe, une des jeunes comédiennes.

2. Créée par Christine Pellicane en 1992, la compagnie d’action sociale et culturelle Tamèrantong ! travaille avec les enfants et ados de quartiers de Belleville (Paris), de Seine-Saint-Denis et de Mantes-la-Jolie (Yvelines), en partenariat avec des institutions scolaires et culturelles. L’histoire a commencé à Paris à la fin des années 1990, lorsque Christine Pellicane, comédienne, lance, avec des copains principalement venus des scènes rocks indé, des ateliers de théâtre pour enfants à Belleville. En 1992, Tamèrantong ! naît officiellement. Elle n’a pas de lieu propre et n’en a toujours pas, elle prend racine dans les quartiers, sur le béton, dans les écoles, les centres sociaux… Belleville, Mantes-la-Jolie, dans les Yvelines, et depuis 2006, à la Belle Étoile, accueillie par la compagnie Jolie Môme. Dans ces quartiers, la compagnie propose des rôles aux enfants ayant des problèmes sociaux, scolaires, familiaux, mais aussi des enfants simplement désireux de rejoindre la troupe. En deux décennies, la compagnie a monté près de 80 créations et joué devant 100 000 spectateurs, en France et à l’étranger, en Italie, en Angleterre ou en Amérique centrale.

3. Sébastien Lefèbvre, tout au long de sa carrière, a allié cinéma et spectacle vivant. Réalisateur de son premier court-métrage à 16 ans, il fonde l’association Ciné qua non, qui réalise de nombreuses captations de spectacles amateurs. Il participe à de nombreux projets audiovisuels au service du spectacle vivant auprès du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris notamment. Il a aussi travaillé pour Arte Concert, en réalisant la captation de nombreux concerts (Jamiroquai, Justice, Mika, Radiohead…). Au-delà du cinéma, Sébastien Lefèbvre participe à de nombreux voyages, qui amèneront à des expositions photographiques et des projections de films documentaires (Pérou, Birmanie, Sri Lanka…). Sa dernière production, La Tsigane. Sur la route avec Tamèrantong, est un alliage de tous ces aspects : spectacle vivant, cinéma et voyage.


La Tsigane, sur la route avec Tamèrantong. Réal, sc, mont : Sébastien Lefèbvre ; ph : S.L., Sylvain Sechet, Lily Franey & Jean-Pierre Franey. Avec Christine Pélicane, Marc-David, Matita, Oumérah, Ilf, Caroline, Julien, Sirine, Anaïs, Ibrahim, nathan, Hamady, Escander, Lutuy (France, 2024, 61 mn). Documentaire.



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