par Robert Grélier
Jeune Cinéma n°344-345, printemps 2012
Sélection officielle du Festival de Cannes 1961
Sorties le vendredi 20 octobre 1961 et le mercredi 19 octobre 2011
Déjà en 1960, on pouvait trouver ce long métrage d’une très grande naïveté. Le postulat des deux auteurs consistait à questionner quelques quidams dans la rue pour leur demander : "Êtes-vous heureux ?", ou encore "Qu’est-ce que le bonheur ?" Devant le peu de résultats obtenus, les mêmes questions ont été posées à un groupe d’amis parisiens composé d’étudiants, d’ouvriers, d’une secrétaire et d’une enquêteuse. Force est de constater que la démarche était vouée à l’échec et que le résultat ne fut pas au rendez-vous.
Or depuis cinquante ans Chronique d’un été est devenu un mythe auquel la critique de cinéma n’est pas étrangère. En 1960, le film a été propulsé comme un produit lancé par la publicité, au même titre qu’on déclara un certain nombre de films sous le label Nouvelle Vague. Il faut bien le reconnaître, Jean Rouch n’a jamais été un véritable cinéaste. De surcroît il n’a jamais eu une pensée politique très claire. D’ailleurs le film ne parle qu’en filigrane des sujets de l’époque : l’intensification de la guerre en Algérie, les violences au Congo, la décolonisation française en Afrique de l’Ouest.
C’est là que le film de 72 minutes de Florence Dauman revêt toute son importance, par les découvertes de séquences qui n’ont jamais été montrées en raison de leur caractère politique. Il a fallu cinquante ans pour qu’on apprenne que Jean-Pierre Sergent était membre du réseau Jeanson. Et que certaines des fameuses valises transitaient par l’appartement de Marceline Loridan. Régis Debray, qui n’était pas encore l’auteur de La Révolution dans la révolution ? Lutte armée et lutte politique en Amérique latine (1966) avait déjà des idées bien arrêtées sur le politique, mais elles ont été occultées par le réalisateur.
Toutes ces séquences sont confrontées en 2010 à la parole des intervenants et le le véritable film Chronique d’un été est là. Il se construit au fur et à mesure des rushes et des regards posés a posteriori sur un film que l’on peut considérer aujourd’hui être resté pendant cinquante ans à l’état de brouillon. Merci à Florence Dauman qui en osant montrer dans un montage étourdissant les rushes de Jean Rouch & Edgar Morin a renoué avec la causticité de son père Anatole Dauman (1925-1988), producteur et l’un des créateurs du mythe.
Robert Grélier
Jeune Cinéma n°344-345, printemps 2012
* Le DVD, édité aux Éditions Montprnasse, est accompagné de Un été +50 de Florence Dauman (2011).
Chronique d’un été. Réal : Jean Rouch & Edgar Morin ; ph : Raoul Coutard, Jean-Jacques Tarbès, Michel Brault & Roger Morillère ; mont : Jean Ravel, Françoise Collin & Néna Baratier ; mu : Pierre Barbaud. Avec Marceline Loridan, Régis Debray, Jean-Pierre Sergent, Marilù Parolini, Nadine Ballot (France, 1961, 86 mn). Documentaire.