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Vertige (le) (2026)
de Quentin Dupieux
publié le mercredi 10 juin 2026

par Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma n°444-445, été 2026

Sélection de la Quinzaine des cinéastes au Festival de Cannes 2026

Sortie le mercredi 10 juin 2026


 


Présenté en clôture de la Quinzaine des Cinéastes à Cannes cette année, ce film de seulement une heure et sept minutes est sans aucun doute le plus fou, le plus audacieux et le plus inventif du cinéaste qui, pourtant, n’en est pas à son coup d’essai. On ne présente plus Quentin Dupieux qui a ses fidèles supporters, et qui, de Réalité (2014) (1) à Le Deuxième Acte (2024), en passant par Daaaaaalí (2023) (2) au Daim (2019), en passant par Yannick (2023), et Fumer fait tousser (2022), entre autres, n’est pas avare de surprises, lui qui, en plus d’être un cinéaste à l’inventivité exubérante, fut aussi compositeur à ses débuts sous un drôle de nom d’oiseau, Mr. Oizo.


 


 

Ici, il surprend encore une fois avec un film d’animation à la forme expérimentale, entièrement numérique et virtuel, en laissant toutefois la possibilité au spectateur de reconnaître aisément les acteurs talentueux - Alain Chabat, Jonathan Cohen et Anaïs Demoustier -, qui prêtent leurs voix aux personnages, mais aussi leurs traits, leur style, leur stature et leurs tics de langage. Plus rien ou presque ne nous étonne de la part de Quentin Dupieux. On adore ou on déteste : apparemment, il n’y aurait pas de demi-mesure. Cette fois, avec un scénario somme toute assez simple, le réalisateur parvient à nous surprendre encore, mais surtout à poser des questions existentielles avec l’air de ne pas y toucher. L’esthétique du film est volontairement très laide, avec des formes et des tenues des personnages fortement improbables, presque neutres et fades.


 


 

Le film commence comme une comédie bien basiquement française. Jacques se rend chez son ami Bruno Moulin pour lui annoncer une nouvelle importante : l’humanité tout entière vit dans une simulation… Et puis, l’épouse de Bruno va entrer pour mettre au monde un enfant de la manière la plus naturelle mais, cependant la plus étrange qui soit, comme un pied de nez au natalisme ambiant et à l’amour béat de la maternité. Qu’on vive dans une simulation, on le sait depuis qu’une théorie très savante, venant des États-Unis, avait réjoui, il y a quelque quinze ans, tous les complotistes, puisqu’elle affirmait que l’humanité tout entière n’était rien d’autre qu’un grand jeu de rôle pour certains extraterrestres sadiques.
Une chose est sûre, Le Vertige apporte un coup de fouet au cinéma français actuel et ce dans diverses directions. "C’est foireux, il y a des bugs, et c’est ce que je voulais : un truc fragile et touchant", c’est ainsi que le réalisateur commente son film et il est bien difficile de lui donner tort.

Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma n° 444-445, été 2026

1. "Réalité", Jeune Cinéma n°364, hiver 2015.

2. "Daaaaaalí !", Jeune Cinéma en ligne directe.


Le Vertige. Réal, sc : Quentin Dupieux ; mont : Léo Pouliquen ; mu : Franck Lascombes. Int : Alain Chabat, Jonathan Cohen, Anaïs Demoustier, Jean-Marie Winling (France, 2026, 67 mn).



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