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Shana (2026)
de Lila Pinell
publié le mercredi 17 juin 2026

par Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma n°444-445, été 2026

Sélection de la Quinzaine des cinéastes au Festival de Cannes 2026

Sortie le mercredi 17 juin 2026


 


Soulignant son prénom, d’origine hébraïque, signifiant "lys" ou encore "beauté", la présence de Shana (Eva Huault) à l’écran est chaleureuse et vivante. Avec ses copines, elles se soutiennent face aux difficultés de la vie, mais d’ici peu, son amoureux Moïse (Sékouka Doucouré) va sortir de prison, elle devra alors faire preuve de courage pour résister à son emprise néfaste. Seule, la belle bague héritée de sa grand-mère lui donnera la force, l’énergie et la chance de voir la vie différemment.


 


 

Prix Jean-Vigo pour Le Roi David en 2021, Lila Pinell, réalisatrice française, utilise son acuité documentaire pour filmer Shana et son histoire romanesque. Sa façon de placer sa caméra, ses plans rapprochés et relativement longs sur les visages des jeunes filles et de Shana en particulier, donnent une sensation d’immersion totale dans le monde des jeunes filles, montrant aussi bien leur fragilité que leur audace. Les dialogues sont irrésistibles de drôlerie et d’invention, l’expression du visage de Shana est parfois désopilante de spontanéité, de fraîcheur et naturel. Son jeu est si authentique et profond qu’il en devient facilement émouvant. On finit par la suivre dans ses galères, empathie et confiance mêlées.


 


 

Le scénario a été écrit pour elle, qui mentionne l’épisode biblique de la sortie des Hébreux d’Égypte et de la fin de l’esclavage, par des illustrations durant le générique, dont celles des sept plaies, apparaissant dans le récit, sans doute pour alerter Shana de l’existence de la liberté : les eaux du Nil changées en sang, les grenouilles, les moustiques, les bêtes sauvages, les furoncles, la grêle, les sauterelles. Un apport au film, original et bien mis en scène tout au long du déroulé narratif, par un savant montage entre images fixes et images vivantes. La présence de Noémie Lvovsky, excellente dans le rôle de la mère de Shana, ajoute un climat de proximité entre les individus, tisse les liens et les renforce avec un naturel désarmant. Shana est le stimulant récit filmique d’une prise de conscience de l’émancipation d’une jeune fille, incarnée par Eva Huault qui, à elle seule, est un monde.

Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma n°444-445, été 2026


Shana. Réal : Lila Pinell ; sc : L.P., Catherine Paillé & Élie Wajeman ; ph : Victor Zébo ; mont : Jean-Christophe Hym & Emma Augier. Int : Éva Huault, Noémie Lvovsky, Inès Gherib, Anaïs Monah, Secouba Doucouré (France, 2026, 83 mn).



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