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André Is An Idiot (2025)
de Tony Benna
publié le samedi 8 août 2026

par Jean-Michel Ropars
Jeune Cinéma en ligne directe

Sélection officielle du Festival de Sundance 2025

Sortie le mercredi 1er juillet 2026


 


Quelle drôle d’idée que de vouloir documenter par un film son agonie…C’est celle qu’a eue André Ricciardi (1968-2023) dès qu’il a su qu’il était atteint en 2020 (à 52 ans seulement) d’un cancer du côlon au stade IV (c’est-à-dire déjà avec des métastases au foie). Il a alors appelé un ami, Tony Benna, qui avec lui s’est servi de cette expérience unique pour la matière de son premier long métrage (1), lequel décrit avec sensibilité mais aussi le brin de folie nécessaire les dernières années de cet Américain déjanté. André Ricciardi avait toujours différé de faire une coloscopie : c’est bien parce qu’il s’en voulait de sa bêtise qu’il a choisi ce titre peu valorisant - André est un idiot -, mais aussi parce que son tempérament le portait à vouloir rire de tout, en premier lieu de lui-même. Oscillant entre épisodes burlesques et drame ce film donne à voir le portrait d’un homme et plus largement d’une famille confrontés à l’irruption (toujours inattendue) de la mort dans un quotidien confortable.


 

Issu du milieu de la pub à San Francisco, brillant et bouillonnant d’idées souvent farfelues et jamais à court de "blagues pourries" (dixit l’une de ses filles), André Ricciardi était un "déconneur" irrévérencieux (2), qui s’est trouvé brutalement confronté à la tragédie de sa propre mort. On en suit le cheminement implacable dans ce film faussement qualifié de "comédie" : chimiothérapies, puis des séances douloureuses de radiothérapie, allégée grâce à sa consommation quotidienne de cannabis. Il avait toujours brûlé la vie par les deux bouts, beaucoup bu, beaucoup fumé, s’était beaucoup drogué.


 

La maladie progressant inexorablement, le film témoigne de la transformation progressive du corps d’André en celui d’un cadavre. On le voit perdre ses cheveux, lui qui les avait longs et broussailleux comme un hippie, puis son corps fond et son visage se creuse (faisant ressortir ses yeux où brille l’angoisse, et ses dents. À la fin, sur ce squelette décharné on ne voit plus que le ventre gonflé, proéminent. La survie temporaire d’André (heureusement pour lui, il avait de l’argent, une assurance et du soutien) il l’a due sûrement à sa femme, Janice, du même âge que lui, qui l’a soutenu jusqu’au bout et dont le visage rayonnant illumine le film, malgré quelques larmes qu’elle réussit le plus souvent à réfréner, pas question d’affoler leurs deux filles ados. Et pour continuer à rire de tout, il a pu compter sur un ami, Lee, âme sœur avec lequel on le voit partir une nuit dans un désert californien, tous deux seuls sous la voûte céleste étoilée à se laisser pénétrer par le silence et le sentiment de l’absence, de la distance et du silence, du rien ou du néant.


 

Les choix de mise en scène opérés par Tony Benna (et André Ricciardi) ont été riches et variés, ce qui produit au final une œuvre originale. Par exemple, pour illustrer le souhait d’André de populariser les coloscopies, Tony Benna a accepté d’insérer un enregistrement de télévision de mars 2000 où la journaliste vedette Katie Couric, qui avait perdu deux ans avant son mari d’un cancer, s’était faite filmer pendant sa propre coloscopie. Tony Benna s’est aussi attaché à suivre ses personnages partout, chez eux, en voiture, en balade dans un jardin public ou contemplant les vagues de l’océan Pacifique, en studio ou au café pour quelques entretiens individuels.


 

Les scènes les plus scabreuses (évacuation des intestins avant la coloscopie, séances de rayons sur l’anus, etc.) ou délirantes - André rêvant d’un jeu télévisé intitulé : "Qui veut ma peau ?" où le gagnant serait celui qui imaginerait la meilleure façon de le tuer -, sont remplacées par des animations avec des marionnettes. Pour illustrer la vie passée d’André, le réalisateur a introduit de nombreuses photos de lui avec sa famille, mais il s’est refusé - comme le souhaitait André - à dresser un tableau conformiste et à l’eau de rose de ce passé. Ainsi, quand à un moment André insère dans un lecteur une vieille K7 vidéo (qu’on voit défiler à l’écran) résumant, comme dans un album de famille très classique, soi-disant "une vie de bonheur" depuis sa rencontre avec Janice, puis la naissance de ses filles jusqu’au diagnostic fatal, André se récrie : "C’est tout ce que je déteste", et c’est ce que n’est pas le film de Tony Benna qui entend ne rien cacher.
"Bref", comme dirait Kyan Khojandi, qui sera donc la voix française d’André), "André is an idiot", documentaire / biopic au format adapté à son sujet puisqu’il se veut non-conformiste à propos d’une personnalité non-conformiste, mais qui traite d’un sujet grave qui concerne tout le monde (la maladie et la mort) mérite l’heure et demie qu’on passe à le voir.

Jean-Michel Ropars
Jeune Cinéma en ligne directe

1. Le film sort au cinéma le 1er juillet 2026, avec Kyan Khojandi qui prête sa voix pour la version française. Il a remporté le Prix du public et le Prix du montage documentaire américain au Festival de Sundance 2025.

2. Sa devise, typique d’une certaine "contre-culture", fut longtemps "Ni flics, ni médecins".


André Is An Idiot. Réal. : Tony Benna ; animation : Trent Shy ; ph : Ethan Indorf ; mont : Tony Benna & Parker Laramie ; mu : Dan Deacon. Int : André et Janice Ricciardi, Lee Einhorn (USA, 2025, 89 mn). Documentaire.



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