par Andrea Grunert
Jeune Cinéma n°375-376, automne 2016
Sélection officielle En compétition du Festival de Cannes 1965
Prix spécial du Jury
Sorties les mercredis 27 octobre 1965 et 1er juillet 2026
La stylisation outrée de Kwaïdan ("Histoires de choses étranges") contraste fortement avec le réalisme de la trilogie. Cependant, Masaki Kobayashi poursuit obstinément son exploration de l’âme humaine et de l’homme dans les rouages de l’Histoire. Les quatre épisodes s’inspirent des récits de Lafcadio Hearn (1850-1904), un Gréco-Irlandais ayant vécu au Japon, qui a transcrit des contes japonais. Le surnaturel crée un lien entre les quatre courts métrages. De même, une forte dimension morale imprègne chacun. Parmi ses thèmes : l’amour et l’amour trahi, l’ambition et l’indifférence.
Kwaïdan est le premier film en couleurs de Masaki Kobayashi, qui crée des effets particulièrement spectaculaires et des scènes somptueuses. L’espace - l’intérieur des maisons ou les ruines du palais de l’épisode Hoichi sans oreilles - devient un protagoniste à part entière. La caméra traverse les pièces, les enclos et les jardins… Espaces, objets et costumes évoquent le passé, le Japon de l’époque féodale et de celle dite Heian (dans l’épisode avec Hoichi).
Entièrement tourné en studio, l’aspect théâtral est renforcé par le dispositif spatial très sophistiqué. Le côté volontairement artificiel trouve son apogée dans les arrière-plans peints, dont l’immense œil humain dans le second épisode, La Femme des neiges. La figure translucide du fantôme, les torches qui flottent dans l’air et la brume épaisse qui envahit la ruine du château du clan des Heiké dans le troisième épisode créent un fort sentiment de surnaturel.
Masaki Kobayashi cherche à retrouver la beauté de l’ancien Japon et montre qu’elle persiste dans le chaos du monde contemporain. Sa quête formelle ne l’empêche pas d’interroger le passé et le présent et l’état des valeurs humaines de façon critique. Ses personnages sont hantés par les fantômes du passé. La société (japonaise) non plus ne peut pas se débarrasser de son passé violent.
Andrea Grunert
Jeune Cinéma n°375-376, automne 2016
Kwaïdan. Réal : Masaki Kobayashi ; sc : Yōko Mizuki d’après Lafcadio Hearn ; ph : Yoshio Miyajima : mont : Hisashi Sagara ; mu : Tōru Takemitsu. Int : Les Cheveux noirs : Rentarō Mikuni, Michiyo Aratama, Misako Watanabe, Kenjirō Ishiyama ; La Femme des neiges : Tatsuya Nakadai, Keiko Kishi, Yūko Mochizuki, Noriko Sengoku, Kin Sugai ; Hoïchi sans oreilles : Katsuo Nakamura, Tetsurō Tanba, Yoichi Hayashi, Takashi Shimura, Kunie Tanaka ; Dans un bol de thé : Kan’emon Nakamura, Osamu Takizawa, Seiji Miyaguchi, Ganjirō Nakamura, Noboru Nakaya, Kei Satō (Japon, 1964, 183 mn).