Originaires toutes deux de Normandie, Marion Verlé et Pauline Brunner, respectivement documentariste et cinéaste d’animation, se sont connues très jeunes et se retrouvent maintenant pour réaliser des films ensemble. Miss Mermaid est leur premier long métrage après un documentaire de même titre, réalisé en 2019, qui a influencé grandement ce film de fiction. Inspiré de la véritable histoire d’Alexia Colibert, dite "la sirène de Fécamp", qu’on avait vue en personne dans le documentaire de 2019, et qui se trouve être la cousine de Pauline Brunner.
Il faudrait dire un mot de ce mouvement venu des Anglo-saxons et qu’on pourrait traduire par le pas très joli sirénage. En effet, il existe un mouvement à la fois social, artistique et sportif appelé le "mermaiding", qui permet à des nageuses et nageurs de se transformer en sirènes ou en tritons et d’évoluer de manière artistique, et bien sûr si possible "queer" à la manière de modernes sirènes évoquant lointainement Esther Williams.
Le spectateur est habitué à ce personnage auquel les deux réalisatrices apportent un complément en quittant le documentaire sur une vraie "mermaid" humaine pour passer à la fiction, et lui donnant des airs de conte de fées mais aussi de peinture sociale. "La fiction nous a permis d’aller plus en profondeur dans l’intimité de nos personnages, singulièrement celui de Fanny", déclarent les réalisatrices. "Elle nous a permis d’évoquer des choses qu’Alexia n’avait pas forcément envie d’aborder. Et puis, d’une façon plus symbolique, la fiction colle bien avec ce que le mermaiding représente pour nous, à savoir un besoin de travestissement et une mutation d’identité. Une dimension un peu queer, dans le sens non normé... Cet aspect-là est vraiment très important pour nous".
Dans un Fécamp (et alentours) pas vraiment de carte postale, le film installe son action dans une Normandie de la mer et de la pêche, même si la ville a perdu de sa superbe et de richesse depuis l’abandon des campagnes de terre-neuvas en 1987. La mer et l’eau sont présentes partout, mais pas vraiment comme un élément confortable et inspirant. Miss Mermaid présente plutôt des gens du cru qui survivent dans des métiers durs (comment le personnage principal qui, récemment divorcée et ruinée, nettoie les bateaux et l’usine, mais aussi fait le ménage des locations saisonnières). Ainsi le film prend une coloratura de film anglais du style Les Virtuoses de Mark Herman (1997), The Full Monty de Peter Cattaneo (1997) ou Pride de Matthew Warchus (2014) avec de la magie et de la tendresse en plus.
Le film culmine par le départ de Fécamp en bateau jusqu’à Bilbao pour participer au concours géant de Miss Mermaid qui permettra à la jeune Fanny de triompher et de montrer tout son travail, elle qui n’a rien d’une sirène. Avec de belles photos de Nastasja Saerens et une interprétation attachante de Aloïse Sauvage, Thomas VDB, Annie Mercier et Alison Wheeler, le film mérite notre attention pour son côté humain et délicat.
Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma en ligne directe
Miss Mermaid. Réal : Pauline Brunner & Marion Verlé ; sc : P.B., M.V. & Marie Eynard ; ph : Nastasja Saerens ; mont : Sanabel Cherqaoui. Int : Aloïse Sauvage, Thomas VDB, Annie Mercier, Alison Wheeler (France-Belgique, 2026, 92 mn).