Voici un très beau film qui renoue avec la tradition du cinéma égyptien qui parvenait, et pas seulement chez Youssef Chahine, à créer une atmosphère proche du néoréalisme italien. Pendant les deux heures que durent ces Chroniques du Caire, nous nous attachons réellement aux personnages, à leurs malheurs, à leurs espoirs, à leurs manies…
Le réalisateur n’en est pas à son coup d’essai. Abu Bakr Shawky est un cinéaste égypto-autrichien, mais aussi un directeur de la photographie. Il a étudié les sciences politiques au Caire et obtenu un master en réalisation cinématographique à la Tisch School of the Arts de l’Université de New York. Son premier long métrage, Yomeddine, a été présenté en Compétition de la Sélection officielle du Festival de Cannes en 2018. Il a représenté l’Égypte aux Oscars. Son film primé, Hajjan, a été présenté en avant-première au Festival de Toronto et a connu sa première au Moyen-Orient au Festival du film de la Mer Rouge. Abu Bakr Shawky a été nommé "Talent" de l’année par Variety et il a figuré parmi les cinq meilleurs réalisateurs arabes sur la scène internationale selon le magazine Forbes. Notre histoire, chroniques du Caire est son quatrième long métrage.
Le Caire, 1967. Ahmed, pianiste obstiné dans une famille qui ne jure que par le football, reçoit une lettre en provenance d’Autriche : Liz a répondu à son annonce pour devenir sa correspondante. Pendant que son frère jumeau Hassan, dit Hassanov, est envoyé au front où il périra, Ahmed est oublié et se rend clandestinement en Autriche retrouver sa belle. Une histoire d’amour compliquée en naîtra.
Notre histoire traverse plus de vingt ans de l’histoire égyptienne, d’où le titre. En effet, de la Guerre des Six jours à l’ère Sadate, leur destin va s’écrire en même temps que celui de l’Égypte : entre rêves contrariés, conflits, chaos familial, et petites victoires arrachées au destin.
Sorte de Amarcord à la manière orientale, le film raconte en fait l’histoire de la famille du réalisateur, dans un huis clos qui rappelle, d’une manière moins tragique, Leila et ses frères de l’Iranien Saeed Roustay en 2022. C’est sans doute le réalisateur lui-même qui le présente le mieux : "Je voulais rendre hommage à une époque révolue de l’Égypte, marquée par de nombreux bouleversements. Et aussi traiter d’une famille confrontée à des circonstances qui la dépassent, et comment elle parvient à survivre dans l’adversité. L’idée était de raconter, de manière romancée, l’histoire de la rencontre de mes parents, à travers, entre autres, leur correspondance, et comment les récits qu’ils m’ont transmis se transforment au fil des générations".
Tout est dit. Le film est fort, émouvant et très souvent comique dans la description des souvenirs de famille et des humiliations subies, notamment celles concernant un certain mot, "corruption", prononcé ingénument par deux fois à la télévision nationale.
Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma en ligne directe
Notre histoire, Chroniques du Caire (The Stories). Réal, sc : Abu Bakr Shawky ; ph : Wolfgang Thaler ; mont : Roland Stöttinger. Int : Amir El-Masrt, Valerie Pachner, Nelly Karim, Karim Kassem (Autriche-France-Égypte-Belgique-Suède, 2025, 120 mn).