home > Films > Un champ de fraises pour l’éternité (2026)
Un champ de fraises pour l’éternité (2026)
de Alain Raoust
publié le samedi 8 août 2026

par Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma n°444-445, été 2026

Sortie le mercredi 1er juillet 2026


 


Reprenant les éléments d’une chanson enjouée des Beatles, période psychédélique, "Strawberry Fields Forever", le film - tourné dans les Alpes-de-Haute-Provence ou Terre de folie comme dirait Luc Moullet - revient sur les utopies issues des années soixante-huitardes. Elles ont pris pas mal de plomb dans l’aile, au point que le camping de rêve doit maintenant fermer. N’y aurait-il donc plus de beatniks, de hippies et de rêveurs anarchistes dans notre nouveau monde tristissime ?


 

Alain Raoust fait partie de ces réalisateurs dont on a entendu parler, mais peu productif. Son dernier film est cependant très attachant, par sa pureté, sa légèreté et ses ambitions humanistes. En outre, il est parfaitement interprété par une équipe d’acteurs et d’actrices incroyables dans des rôles pas vraiment de composition : Philippe Rebbot, Quentin Dolmaire, Grégory Montel, Florence Loiret Caille, Kim Higelin, etc.


 

La chanson, un des plus remarquables textes de John Lennon et un de ses plus personnels - on sait que "Strawberry Field" était le nom de l’orphelinat de Liverpool où il passa plusieurs années -, est un bel exemple de prétexte à décryptage, avec le vers de son refrain, "Nothing is real". Il venait d’écrire son second livre, A Spaniard in the Works, et les influences croisées de Lewis Carroll, Edward Lear et Bob Dylan transparaissent, d’un couplet à l’autre ("Living is easy with eyes closed / Misunderstanding all you see / It’s getting hard to be someone / But it all works out / It doesn’t matter much to me"). Se plaçant sous un tel patronage, le film se devait d’être fantasque, sans grande ligne directrice, sinon les rêves abandonnés et les espoirs déçus. Par tous ? Pas encore, puisque l’un d’entre eux, Serge Pomalovski, le leader pas vraiment charismatique du groupe de campeurs, s’accroche désespérément à son émission de "radio libre" comme on disait alors dans ce monde qui maintenant se banalise et perd tout espoir. Malgré la nature, malgré une sorte de mélancolie, le film ne regarde pas du côté des frères Larrieu. Il évoque parfois d’autres ambiances chères au cinéma français, et pourquoi pas Jacques Rozier, récemment exhumé et encensé.


 

Mais ce "Champ de fraises" est surtout un très émouvant film d’amour : à travers les aventures d’un 33 tours, quatre histoires d’amour vont revivre sous nos yeux à travers le souvenir de Jeanne Bergère, avec la voix off de Ariane Ascaride et sa photo lorsqu’elle était jeune. Le dossier de presse du film est aussi un régal, à l’image de ce film tendre, sensible et un peu foutraque comme la chanson qui l’a inspiré.
Interrogé, le réalisateur nous touche encore une fois par sa modestie et son inventivité : "Tourner et monter ce film a été un moment de pur bonheur... Entouré d’une équipe jeune, attentive, débrouillarde. Soutenu sans faille par celui sans qui mes films ne se feraient pas : Tom Dercourt, producteur. Accompagné par une famille d’acteurs inspirants, au point, d’ailleurs, que j’écris actuellement un autre film avec eux. Ce sera la face B de Un champ de fraises. Les faces B regorgent de pépites, non ?... Sur la question des regrets, j’aimerais ne pas en avoir mais c’est sans doute avec eux qu’on compose le film suivant".

Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma n°444-445, été 2026


Un champ de fraises pour l’éternité. Réal : Alain Raoust ; sc : A.R. & Cécile Vargaftig ; ph : Julia Mingo ; mont : Anaïs van den Bussche ; mu : Stéphane Cochet, Martin Mahieu & Frank Williams. Int : Philippe Rebbot, Grégory Montel, Florence Loiret-Caille, Quentin Dolmaire, Kim Higelin, Oussama Kheddam, Ariane Ascaride (France, 2026, 104 mn).



Revue Jeune Cinéma - Mentions Légales et Contacts