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Chaleur (la) (2026)
de Stéphane Demoustier
publié le samedi 8 août 2026

par Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma n°444-445, été 2026

Sélection du Festival international du film de Biarritz, Nouvelles Vagues 2026

Sortie le mercredi 8 juillet 2026


 


Pour son cinquième long métrage, après des films marquants comme La Fille au bracelet (2019) (1), Borgo (2023) et L’Inconnu de la Grande Arche (2025), lauréat de deux César, le productif Stéphane Demoustier nous revient, avec un film d’un genre tout différent, qu’on pourrait qualifier de stylisé et d’introverti.
Durant une heure et demie, la caméra s’attarde sur un camping près d’une plage des Landes, lors d’un été particulièrement torride, et filme surtout des groupes de jeunes et d’adolescents qui s’ennuient, se baignent et jouent aux jeux cruels de l’amour en faisant semblant d’y croire. Adapté du roman de Victor Jestin, paru chez Flammarion, qui donne son titre au film, La Chaleur adopte un ton entre polar et vision psychologique de la jeunesse actuelle, surprise alors qu’un événement inattendu vient modifier le déroulement de leurs vacances.


 

Les parents sont présents-absents, et les portraits des enfants et des adolescents sont d’une grande justesse, à travers les apparitions d’anonymes ou, au contraire, de personnages bien ciblés, au premier rang desquels le jeune Marouane, interprété énigmatiquement par Hadrien Hussein,, une charmante Italienne, Giulia, interprétée par Martina La Manna, Noé, obèse et obsédé sexuel frustré, interprété par Tristan Richard, et quelques autres. Il fallait un scénario écrit et crédible : il est signé par l’auteur et, pour utiliser et magnifier la lumière d’un été brûlant, le directeur de la photographie, David Chambille, a su la mettre en valeur sur les visages, les corps et les paysages marins.


 

Le film tout entier est centré sur le personnage de Marouane qui semble hors du temps, hors de la vie, éberlué par ce qu’il est en train de vivre au sein de son groupe et au sein de sa famille, troublé de plus par le lien qui est en train de se créer entre Giulia et lui et qui se clora sur un simple au revoir, comme s’ils allaient ne plus jamais se revoir. C’est toute la force psychologique de ce film qui ouvre une nouvelle perspective sur les nombreux talents du réalisateur qui, de plus, nous réserve une fin étonnante et inattendue.


 

" La Chaleur raconte surtout un état mental, celui de Marouane qui vit trente-six heures presque irréelles", déclare le réalisateur. "Je voulais donner à ressentir les sensations qu’il éprouve, cette impression de flottement dont il ne peut plus se départir. Toute la mise en scène accompagne ce mouvement. Les ralentis, la récurrence de certaines images mentales, la surinterprétation de certains sons environnants, sont autant d’éléments sensoriels qui expriment l’état second dans lequel se trouve Marouane". Nous ne dirons pas autre chose sinon vous encourager à aller voir ce beau film inquiétant et troublant qui parvient à rendre la monotonie et la banalité passionnantes.

Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma n°444-445, été 2026

1. La Fille au bracelet, Jeune Cinéma n°399-400, février 2020.

2. L’Inconnu de la Grande Arche, Jeune Cinéma n°437-438, été 2025.


La Chaleur. Réal, sc : Stéphane Demoustier d’après Victor Jestin ; ph : David Chambille ; mont : Damien Maestraggi ; mu : Paolo Donato. Int : Hadrien Hussein, Martina La Manna, Tristan Richard, Noé Houssard, Cécile Ducrocq, Sarah Le Picard (France-Italie-Belgique, 2026, 92 mn).



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