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Gorgonà (2025)
de Evi Kalogiropoulou
publié le lundi 10 août 2026

par Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma en ligne directe

Sélection Semaine de la critique du Festival de Venise 2025

Sortie le mercredi 22 juillet 2026


 


Béatrice Fiorentino, directrice artistique de la Settimana internazionale della Critica à la Mostra de Venise n’y va pas par quatre chemins et annonce la couleur : "Quelle explosion. Quel punch. Quelle vision. Ce film est une véritable force. Gorgona frappe comme une tempête : sans concession, viscérale, résolument féministe. Et sacrément sexy".


 

Qu’il nous soit pardonné de ne pas être aussi enthousiaste. Ce film est en effet volontairement provocateur, même plus que celui-ci de Julia Ducournau, Titane, Palme d’or à Cannes en 2021, et auquel la réalisatrice se réfère. Gorgonà semble n’être qu’une pâle imitation des BD horrifiques et féministes des années 1970 en Amérique. Et la question qui se pose est toujours d’actualité : est-il nécessaire que les femmes fassent encore pire que les hommes pour apparaître comme évoluées, révolutionnaires et radicales ? On n’en est pas certain, d’autant que ce que Béatrice Fiorentino qualifie de "sacrément sexy" n’est en fait qu’une sorte de porno chic tout de même assez réducteur et humiliant pour les femmes même si elles se donnent du plaisir entre elles, en utilisant cependant les outils fantasmatiques du rêve érotique masculin.


 

Evi Kalogiropoulou, réalisatrice et artiste visuelle, travaille à Athènes et à Londres. Ses projets explorent les idées associées à l’inclusion et à l’exclusion, l’identité interculturelle, les figures féminines dans les cadres de la mythologie grecque ancienne et les environnements post-apocalyptiques. Son court métrage Motorway 65 a été présenté en compétition officielle au Festival de Cannes en 2020. En 2022, son court métrage, Sur le trône de Xerxes, a remporté le prix Canal+ à la 61e Semaine de la Critique. Son projet suivant, Alexandria, commande de la Fondation Onassis, a été présenté au New Museum de New York. Elle revient à la science-fiction hard avec ce premier long métrage qui se sert (bien mal) de la mythologie grecque, coécrit avec Louise Groult.


 

En somme, l’histoire que le film raconte est assez simple : dans une cité du futur qui se niche dans une île dominée essentiellement par une raffinerie de pétrole et dont le chef est très malade, un combat s’installe pour favoriser l’émergence d’une femme en lieu et place du mâle dominant. Evi Kalogiroupoulou parle de la colère qui l’habite et devrait habiter toutes les femmes : "Mes personnages ont tout à fait le droit d’être en colère. Je le suis moi- même tous les jours. Quand on voit les agissements de Trump, quand on regarde ce qui se passe en Palestine, on se demande comment ce monde peut avoir tourné et peut tourner aussi mal. Quand Eleni l’étrangère apparaît dans un tel univers, elle est pointée du doigt : C’est une sorcière".


 

Tout en sachant que la place des femmes doit être bien sûr encouragée et sollicitée, il est difficilement acceptable qu’elles le soient avec les mêmes intentions que les hommes, c’est-à-dire la domination et la violence. Sinon, le contre-pouvoir qu’elles représentent ne sert à rien d’autre qu’à imposer les mêmes schémas, ce que l’on constate tous les jours avec les femmes actuellement au pouvoir. Mais sur le plan de la technique (photo et montage) et de l’interprétation, le film a d’énormes qualités pour le public ad-hoc.

Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma en ligne directe


Gorgona. Réal : Evi Kalogiropoulou ; sc : E.K. & Louise Groult ; ph : Giorgos Valsamis ; mont : Giorgos Zafeiris ; mu : Ilias Kampanis, Karolos Berahas, Nick Athens. Int : Melissanthi Mahut, Aurora Marion, Christos Loulis. (Grèce-France, 2025, 96 mn).



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