par Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma en ligne directe
Sélection officielle du Festival de Sundance 2026
Sortie le mercredi 29 juillet 2026
On ne présente plus le réalisateur californien, d’origine américano-nipponne, auteur d’une bonne douzaine de longs métrages parmi lesquels des films "à scandale" comme Totally F***ed Up (1993) ou The Doom Generation (1995) et Mysterious Skin (2004), entre autres. Film événement puisqu’il arrive douze ans exactement après son dernier, White Bird (2014), I Want Your Sex se présente comme une satire grotesque, grinçante et provocatrice du film à succès - on se demande bien pourquoi -, Cinquante nuances de Grey de Sam Taylor-Johnson (2015).
Pendant ce temps, le sulfureux Californien s’était consacré comme tant d’autres aux séries et, s’il revient au cinéma, c’est pour faire mal, très mal. Le film annonce tout de suite la couleur, sans fausse pudeur et sans langue de bois. L’intrigue est simple et instaure directement une analyse en profondeur des rapports sado-maso, mais dans lesquels la "maîtrise" est initiée par une femme.
L’acteur, vu dans Licorice Pizza de Paul Thomas Anderson (2021) et Marche ou crève de Francis Lawrence (2025), incarne Elliot, un jeune homme qui décroche un travail auprès d’une artiste plasticienne célèbre et provocante aux allures de Madonna, Erika Tracy, jouée par Olivia Wilde. Il la trouve fascinante et magnifique, et ça tombe bien puisqu’elle va l’engager pour qu’il devienne sa "muse sexuelle" et… secrétaire éventuellement.
Voilà, tout est dit ici et le reste n’a plus trop d’importance si ce n’est de choquer, de provoquer et surtout de faire rire, car, une fois passés l’étonnement et le rouge au front, le film ressemble à tous les films burlesques qu’on connaît. Mais ici gags et objets sortent tous d’un sex-shop branché. La "maîtresse" du film n’a rien de celle qui a donné son nom à la réalisation de Barbet Schroeder, Maîtresse (1976). Contrairement à l’interprétation magnifique et subtile de Bulle Ogier, ici le réalisateur a sans doute demandé à Olivia Wilde d’être provocatrice et vulgaire, et de ne surtout pas tomber amoureuse de son puceau provincial, quoique…
L’ensemble du film est bien sûr choquant, mais va au-delà de la vulgarité de notre monde contemporain tout autant puritain que libertin, notamment en Amérique et c’est sans doute ce que Gregg Araki veut dénoncer et exhiber comme dans d’autres de ses films. Il a écrit le scénario du film avec Karley Sciortino, avec qui il avait déjà collaboré sur la série Now Apocalypse (2019). Il a expliqué que tout venait d’elle à l’origine, puisque c’était un "spec script", autrement dit un scénario spéculatif écrit sans avoir été commandé par un studio : "C’était en quelque sorte son histoire à elle, parce qu’elle avait eu une aventure avec son patron, donc c’était une fille stagiaire et lui, un artiste masculin en boss. Littéralement, durant les dix dernières années ou plus, quasiment, j’ai développé et réécrit ce scénario, et on a inversé les genres. Et j’ai ajouté toute une autre histoire : il y a un meurtre, et tout un tas d’autres choses maintenant". Bref, du lourd, à voir par les spectateurs prévenus du choc en retour.
Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma en ligne directe
I Want Your Sex. Real : Gregg Araki ; sc : G.A. & Karley Sciortino ; ph : Tucker Korte ; mont : G.A. & Victor de la Parra ; mu : James Clements. Int : Olivier Wilde, Cooper Hoffman, Charli XCX, Daveed Diggs (USA, 2026, 90 mn).