home > Films > Cotton Queen (2025)
Cotton Queen (2025)
de Suzannah Mirghani
publié le jeudi 13 août 2026

par Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma en ligne directe

Sélection officielle de la Mostra de Venise 2025

Sortie le mercredi 5 août 2026


 


Film tendre et féministe à la fois, Cotton Queen nous entraîne dans un pays peu connu, actuellement en partie en guerre, traversé par un Nil "maléfique", et dans lequel la population vit essentiellement de la récolte du coton - d’où le titre du film, à divers sens qu’on découvrira peu à peu. Toute l’histoire de ce Soudan-là, isolé et demeuré conservateur, tourne autour de l’esclavage et, par certains côtés, pourrait évoquer l’Amérique des champs de coton, s’il ne s’agissait de traditions héritées de l’Afrique et de l’Islam.


 

Dans un village cotonnier du Soudan, l’adolescente Nafisa est élevée au milieu des récits héroïques de la lutte contre les colonisateurs britanniques racontés par sa grand-mère, la matriarche du village, Al-Sit. Mais lorsqu’un jeune homme d’affaires arrive de l’étranger avec un nouveau plan de développement et du coton génétiquement modifié, Nafisa se retrouve au centre d’un jeu de pouvoir qui déterminera l’avenir du village.


 

L’évocation de l’intrigue n’est ici nullement gênante, car le scénario est plutôt basé sur des situations et des descriptions psychologiques ou sociales que sur un récit avec développement, sursauts et suspense, sauf en ce qui concerne sa fin que nous ne dévoilerons pas. Ce n’est pas souvent que nous est donnée l’occasion de découvrir un film soudanais, et il est intéressant que celui-ci parvienne jusqu’à nous. Après cinq courts métrages, c’est le premier long de Suzannah Mirghani, cinéaste soudano-russe et monteuse à l’Université de Georgetown au Qatar. Cotton Queen a reçu le prix ArteKino de la Cinéfondation de Cannes en 2022.


 

Ce film, très élégant, frappe par sa beauté plastique et sa lenteur pour mettre en place à la fois un paysage magnifique, des acteurs et des actrices sublimes et une action resserrée autour de la culture du coton, les relations sociales si particulières et les "souvenirs" de la colonisation anglaise égrenés par la matriarche et pas toujours authentiques.


 

Malgré la beauté et le côté hiératique et poétique de la narration et des images dues à Frida Marzouk - qu’on ne présente plus puisqu’elle a éclairé depuis quelque temps les plus beaux films orientaux : Sous les figues de Erige Sehiri (2022), Promis le ciel de la même réalisatrice en 2025, Bye Bye Tibériade de Lina Soualem (2024), mais aussi Black Swan de Darren Aronofsky (2010), et John Wick : Chapitre 3 - Parabellum de Chad Stahelski (2019) - le film s’instaure aussi comme le premier film soudanais à dénoncer les mariages arrangés et l’excision, tout cela sans quitter la beauté de la nature, fascinante pour la jeune Nafisa qui adore ingénument se baigner dans un coin reculé avec ses amies.


 

"Bien que la pratique des mutilations génitales féminines soit désormais officiellement interdite", précise la réalisatrice, "il est difficile de faire respecter une loi sur une coutume ancestrale aussi profondément ancrée dans la tradition culturelle soudanaise. Dans de nombreux endroits, les MGF sont largement considérées comme positives et nécessaires pour préserver l’honneur des filles dans une société conservatrice".

Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma en ligne directe


Cotton Queen. Réal, sc : Suzannah Mirghani ; ph : Frida Marzouk ; mont : Amparo Mejias, Simon Biasi & Frank Müller ; mu : Amine Bouhafa. Int : Mihad Murtada, Rabha Mohamed Mahmoud, Talaat Farid, Haram Basher (Allemagne-France-Égypte-Qatar, 2025, 93 mn).



Revue Jeune Cinéma - Mentions Légales et Contacts