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Providence et la Guitare (la) (2026)
de João Nicolau
publié le mercredi 19 août 2026

par Francis Guermann
Jeune Cinéma en ligne directe

Sortie le mercredi 19 août 2026


 


João Nicolau s’est inspiré d’une nouvelle de Robert Louis Stevenson (1) pour ce film plein de légèreté et de surprises. Il en garde assez fidèlement l’argument et le ton détaché, proche de l’ironie. Le récit met en scène un couple d’artistes saltimbanques, Elvira et Léon Berthelini (Clara Riedenstein et Pedro Inês) parcourant le pays, dans un passé indéfini, pour proposer leur spectacle mêlant scènes théâtrales et chansons. Ils arrivent dans une petite ville où ils ont la plus grande peine à trouver le commissaire qui pourrait les autoriser à se produire, mais finissent par jouer le soir dans un cabaret, devant un public fruste et peu généreux, avant d’être chassés par le policier.


 

Si Robert Louis Stevenson avait situé son récit au courant du 19e siècle en France dans la ville imaginaire de Castel-le-Gâchis, João Nicolau le transpose au Portugal, à peu près à la même époque, dans un lieu tout autant imaginaire. Il y ajoute des éléments fantastiques (de mystérieux yeux rouges dans la nuit) et des digressions vers notre époque, à Lisbonne où, en miroir, se produit un groupe musical de rock composé en partie des mêmes acteurs, en prise avec des difficultés semblables (comment vivre pleinement de son art).


 

À la rue, Elvira et Léon rencontrent Stubbs (Salvador Sobral), un étudiant anglais égaré et sans le sou avec lequel ils vont passer la nuit en quête d’un refuge. Mêlant comédie, moments musicaux et conte moral, La Providence et la Guitare s’appuie sur le jeu contrasté de ses acteurs, parfois surjouant comiquement certaines scènes - Léon déclamant son texte lors des répétitions de leur spectacle et poursuivant sur le même ton lors de ses échanges avec le commissaire -, parfois faisant preuve d’une retenue au bord de l’austérité (Stubbs se défendant de toute velléité d’être un artiste - alors que l’acteur Salvador Sobral est un musicien et chanteur très connu dans son pays.


 

Le réalisateur (et scénariste) présente son film comme un "divertimento cinématographique". Celui-ci possède en effet un caractère profondément musical et léger. Mais il garde aussi le cœur de la nouvelle de Robert Louis Stevenson, la question existentielle de l’engagement d’un artiste, si modeste ou peu reconnu soit-il. "L’art c’est l’art. C’est le travail de toute une vie !" dit Léon. "Et pendant ce temps-là tout le monde meurt de faim !" lui répond caustiquement la femme d’un peintre méconnu (leur couple bat de l’aile) qui les a recueillis au milieu de la nuit. Ainsi va le récit, avec un peu de la mélancolie du fado, un peu du conte philosophique, qui parle de rencontres et de hasards, de personnages si peu installés matériellement, en butte aux mesquineries et à l’indifférence du monde ordinaire.


 

João Nicolau, cinéaste et musicien, a réalisé L’Épée et la Rose (2010), John From (2015) et Technoboss (2019). Ses films naviguent entre comédie humaniste, fantastique, voire surréalisme et se déroulent toujours dans un bain musical. Ses personnages tentent de répondre à leurs aspirations profondes en dépit de la précarité de leur vie. Ce film original avance librement. Il en émane une douceur certaine et il possède le charme des rencontres entre personnages, moments et situations très différents, mettant en avant un passé paneuropéen (l’esprit voltairien des Lumières) qui permet la transposition du récit à travers pays et temps, le plaisir du texte et de la langue avec un hommage au travail des acteurs. Il trouve sa voie dans cette singularité des fusions : jamais vraiment film d’aventure ni tout à fait comédie, ni film psychologique, ni conte, ni film théâtral. João Nicolau assume sans prétention cette fantaisie et cet éclectisme. La Providence et la Guitare est finalement un film simple et direct qui touchera celles et ceux qui ont gardé une part de l’étonnement de l’enfance.

Francis Guermann
Jeune Cinéma en ligne directe

1. Nouvelle parue en 1878 sous le titre Leon Berthelini’s Guitar, puis en 1882 sous le titre Providence and the Guitar dans le recueil News Arabian Nights.


La Providence et la Guitare (A Providência e a Guitarra). Réal : João Nicolau ; sc : J.N. & Mariana Ricardo ; ph : Mario Castanheira ; mont : Alessandro Comodin ; mu : João Lobo &João Nicolau. Int : Clara Riedenstein, Pedro Inês, Salvador Sobral (Portugal, 2026, 125 mn).



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