par Francis Guermann
Jeune Cinéma en ligne directe
Sélection officielle du Festival international de San Sebastián 2025
Sortie le mercredi 2 septembre 2026
Ce premier long métrage de la réalisatrice allemande Sarah Miro Fischer nous mène sur les pas de Rose (Marie Bloching), une jeune femme infirmière de son métier, un peu perdue, venant de rompre avec son amie chez qui elle vivait. Elle demande à son frère Sam (Anton Weil), duquel elle est très proche, de l’héberger quelque temps. Rose a une confiance absolue en ce grand frère protecteur. Mais une nuit, elle entend des bruits de lutte et des ébats venant de la chambre de Sam. Au petit matin, elle voit une femme en sortir, l’air sombre ; elles échangent un regard fait d’incompréhension, sans que cela n’alerte Rose.
Quelques jours plus tard, Rose est convoquée comme témoin par la police enquêtant sur une plainte pour viol déposée par la femme contre Sam. Dans un premier réflexe, elle nie toute suspicion d’acte violent de la part de son frère. Mais Rose est ébranlée. Malgré les silences puis les dénégations de Sam qui minimise cette relation, malgré la pression de leur mère pour qui cette femme essaie de profiter de la situation, Rose évolue lentement vers une prise de conscience et un choix personnel décisif, en rupture avec l’équilibre familial dans lequel elle vivait jusque-là.
La réalisatrice déplace finement cette histoire - qui pourrait être un énième récit sur l’absence de consentement -, vers son aspect le plus psychologique et intime, celui de la famille. Rose, dans son cheminement, brise les enkystements d’un fonctionnement familial déjà bancal (sa mère surprotège Sam et la dévalorise, tandis que leur père est absent). Le film inverse le cours des choses : il part des faits suspectés, non expliqués, et remonte vers les causes, à la fois de la violence niée par Sam et de la passivité et de l’indécision de Rose. Ce parcours est une libération pour la jeune femme.
Le film ne présente aucune scène spectaculaire, il suit Rose dans ses efforts pour comprendre la réalité de ce viol (elle prend contact avec la femme agressée), et il finit sur une note ouverte, laissant au spectateur sa capacité à conclure. Les comédiennes et comédiens sont filmés au plus près, avec une caméra mobile, et le travail sonore du film est remarquable. On entend rarement une bande sonore de cette importance, participant autant au récit et en adéquation avec l’état psychologique des personnages.
La réalisatrice Sarah Miro Fischer a été elle-même victime de violences sexuelles et connaît le parcours pour surmonter cette épreuve. Sans aucun manichéisme, son parti pris est ici de considérer l’agresseur comme un être humain, de ne pas l’isoler dans son acte et de brosser la perspective et les conséquences de cet acte pour toutes les personnes côtoyées, victime, famille, amis. En cela, elle ne cherche pas à banaliser l’acte du violeur mais au contraire à en faire le centre dramatique d’une réflexion intime et sociétale. Ce premier film prometteur fait preuve d’une belle subtilité.
Francis Guermann
Jeune Cinéma en ligne directe
The Good Sister. Réal : Sarah Miro Fischer ; sc : S.M.F. & Agnes Maagaard Peterson ; ph : Selma Von Polheim Gravesen ; mont : Elena Weihe ; mu : Francesco Lo Giudice. Int : Marie Bloching, Anton Weil, Proschat Madani, Laura Balzer, Jane Chirwa, Aram Trafeshian (Allemagne, 2025, 96 mn).