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Holy Boy (the) (2025)
de Paolo Strippoli
publié le mercredi 2 septembre 2026

par Anita Lindskog
Jeune Cinéma en ligne directe

Sélection officielle de La Mostra de Venise 2025

Sortie le mercredi 2 septembre 2026


 


Sergio Rossetti, professeur d’éducation physique, dépressif et en deuil de son fils, est muté dans le petit village de montagne appelé Remis, situé en Italie dans la vallée des sourires. Ancien champion de judo, il est accueilli à bras ouverts par la directrice. Très vite, il va être confronté à un élève singulier, Matteo. Ce dernier possède un don, celui d’effacer les souffrances en prodiguant son étreinte. Les habitants et toute la communauté lui vouent un véritable culte dont beaucoup usent régulièrement. Sergio va tenter d’aider Matteo à s’émanciper du rôle qui lui est assigné.


 

The Holy Boy est le troisième long métrage de Paolo Strippoli (1), après A Classic Horreur Story (2021) et Flowing (2022). Derrière son titre original, La valle dei sorrisi (la vallée des sourires), le film renvoie une ironie inquiétante et s’inscrit pleinement dans la "Folk Horror" (2) qui puise son atmosphère dans les mythes, les superstitions et les traditions anciennes. Ancrant ses récits dans des paysages ruraux isolés, où le folklore local devient source de mystères et de terreur, le genre fait la part belle aux rituel païens, croyances archaïques et au choc entre modernité et traditions. Le réalisateur, par ce conte fantastique et horrifique, détourne les codes de l’horreur religieuse en offrant le tableau d’ une société qui préfère l’illusion du bonheur à l’acceptation de ses blessures.


 

L’acteur Michele Riondino incarne un personnage d’homme brisé avant même son arrivée à Rémis, il "porte" le film avec une grande sobriété. Son jeu axé en particulier sur les regards où transparaissent les traumatismes du passé, renforce le trouble inquiet qui enveloppe toute son enquête. Face à lui, le jeune Giulio Feltri impressionne par son interprétation de Matteo. L’adolescent oscille constamment entre innocence et étrangeté. Le réalisateur laisse planer sans cesse le doute et l’incertitude sur la véritable nature du jeune garçon. En ce sens son travail trouve des influences et inspirations dans celui du cinéaste américain Ari Aster (3) en particulier dans le film Midsommar (2019).


 

Les habitants de Remis contribuent par leurs sourires permanents et leur apparente bienveillance à une atmosphère de plus en plus malsaine. Le village composé d’une communauté dépendante des pouvoirs de Matteo, devient peu à peu la métaphore d’une société qui use et abuse de sa jeunesse afin d’assouvir ses propres interêts. La mise en scène au service d’un récit dense et au rythme lent est destinée à installer un univers où des personnages vont dévoiler progressivement leurs véritables intentions. Elle privilégie une horreur diffuse en multipliant les symboles et pistes de réflexions.
Ainsi, les paysages montagneux, les rues silencieuses et les rassemblements des habitants installent une atmosphère profondément oppressante. Et lorsque la violence surgit, elle saisit par sa brutalité et rompt soudainement un calme devenu presque insupportable.


 

La photographie magnifie les reliefs qui entourent le village, accentuant son isolement. Les intérieurs aux éclairages tamisés, confèrent aux divers lieux une dimension quasi religieuse en référence au culte voué à Matteo. Ce contraste permanent fait de Remis une sorte d’écrin à la fois séduisant et inquiétant. Dans tout ce film le malaise psychologique prime sur les effets de surprise. Il faut enfin noter le minimalisme de la bande originale de Federico Bisozzi et Davide Tomat constituée de compositions souvent discrètes, laissant la place à un silence envahissant pour mieux exprimer l’inconfort, l’oppression et l’étrangeté qui règnent dans la vallée des sourires. The Holy Boy est sans nul doute une œuvre dérangeante qui fait appel à l’horreur pour explorer l’intime et interroger notre rapport à la souffrance et au besoin de croire.

Anita Lindskog
Jeune Cinéma en ligne directe

1. Paolo Strippoli.

2. La "Folk Horror", popularisée par le chef d’œuvre The Wicker Man (1973) de Robin Hardy, lévoque une peur viscérale et atavique, où l’humain se confronte à des forces ancestrales, obscures et implacables.


The Holy Boy (La valle dei sorrisi). Réal : Paolo Strippoli ; sc : P.S., Jacopo Del Giudice & Milo Tissone ; ph : Cristiano Di Nicola ; mont : Federico Palmerini ; mu : Federico Bisozzi & Davide Tomat ; déc : Marcello Di Carlo. Int :
Michele Riondino, Romana Maggiora Vergano, Roberto Citran, Giulio Feltri, Paolo Pierobon, Sergio Romano, Anna Bellato, Sandra Toffolatti (Italie-Slovénie, 2025, 122 mn).



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