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Une histoire d’amour suédoise (1970)
de Roy Andersson
publié le mercredi 2 septembre 2026

par Nicole Gabriel
Jeune Cinéma en ligne directe

Sélection officielle En compétition de la Berlinale 1970

Sorties les mercredis 4 juin 2008 et 2 septembre 2026


 


En Kärlekshistoria, une "histoire d’amour" en v.o. pour se distinguer de Love Story, la superproduction américaine sur un scénario de Erich Segal sortie la même année. Le long métrage suédois est le premier d’un cinéaste âgé de 27 ans à l’époque, Roy Andersson (1), remarqué au Festival de Berlin 1970. On en loua la beauté plastique, la vision tendre et réaliste d’une variation sur le thème de Roméo et Juliette, dans la classe moyenne suédoise d’aujourd’hui.


 

Les protagonistes en sont Annika (Anne-Sofie Kylin), 13 ans et demi et Pär (Rolf Sohlman), 15 ans. Ils se rencontrent un peu par hasard dans un hôpital où séjourne le grand-père de Pär. Celui-ci, flanqué de son infirmière à qui il remet les fleurs qu’on lui a apportées, ne veut surtout pas quitter cet endroit, "la vie étant trop dure pour les personnes seules".


 

Plus qu’un récit, le film est une succession de saynètes où le détail importe plus que la vue d’ensemble. Ainsi, les aboiements du chien qui exaspèrent le grand-père, les tentatives d’un bambin pour toucher une jambe féminine, les échanges de regards entre les futurs tourtereaux et les essais imperturbables d’une petite fille jouant, sur sa flûte à bec, l’air de "‘Tis a Long Way to Tipperary". La caméra monte et descend avec une fluidité remarquable, frôle les visages, les prend sous différents angles.


 

Le motif de la solitude est repris avec l’apparition de la tante d’Annika qui, bien qu’à peine trentenaire, confie avoir raté sa vie. Elle a échoué au concours de recrutement des hôtesses de l’air, ce qui était son rêve. Aujourd’hui, elle a honte lorsqu’elle voit ses anciennes camarades de classe avec des poussettes. La mère de la jeune fille reste des journées entières dans son lit, avec des bigoudis sur la tête, espérant seulement que la famille obtiendra bientôt un appartement plus grand. Les affaires du père marchent mal.


 

Annika ne se laisse nullement gagner par la tristesse ambiante. Elle est coquette, extrêmement soignée, enfile une mini après l’autre, ne se déplace jamais sans son miroir. Pär vit dans le monde des teenagers sur lesquels il modèle son comportement. Ce qui signifie pour lui des courses sur mobylettes vrombissantes, façon Kenneth Anger ou Fellini Roma. À cela s’ajoutent le respect de la hiérarchie dans le peer group et parfois de bonnes raclées administrées par le mâle alpha. Pär connaît la brutalité, même s’il ne l’approuve pas.


 

Roy Andersson a bénéficié de deux atouts exceptionnels : un été suédois particulièrement ensoleillé et la présence de ce couple de pré-adolescents dont les traits masculins et féminins se confondent. Le cinéaste voulait être peintre. La lumière du film, sur les visages et dans la nature, évoque Monet ou Bonnard. Il a dépeint un premier amour, sa tendresse et sa vulnérabilité.


 

Dans la partie de campagne qui clôt le film, l’inspiration picturale change du tout au tout. Les parents de Pär ont invité ceux d’Annika à déguster des écrevisses avec quelques amis dans leur bicoque au bord de l’eau. La bonne chère et l’aquavit aidant, les langues se délient. Les egos masculins également. John, le père d’Annika, essaie de refiler un vieux frigo à celui de Pär qui n’en a nul besoin. Le conflit commence par contact oculaire : des yeux bleus perçants contre de grosses montures de lunettes. Des rugissements suivent. L’un reproche à l’autre d’avoir mieux réussi que lui dans la vie. On pense alors aux trognes dans la peinture flamande de cabaret. Jusqu’à ce que John disparaisse dans la brume au petit matin, faisant basculer la farce - et l’idylle - dans la tragédie.

Nicole Gabriel
Jeune Cinéma en ligne directe

1. Cf. "Roy Andersson notre contemporain", Jeune Cinéma n°322-323, printemps 2009.


Une histoire d’amour suédoise (En Kärlekshistoria) aka A Swedish Love Story. Réal, sc : Roy Andersson ; ph : Jörgen Persson ; mont : Kalle Boman ; mu : Björn Isfält. Int : Ann-Sofie Kylin, Tolf Sohlman, Anita Lindblom, Bertil Norström, Margreth Weivers (Suède, 1970, 118 mn).



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