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Adieu monde cruel (2026)
de Félix de Givry
publié le mercredi 9 septembre 2026

par Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma n°444-445, été 2026

Sélection de la Semaine de la critique au Festival de Cannes 2026

Sortie le mercredi 9 septembre 2026


 


Dans ce film-conte, Félix de Givry nous propose à la fois une histoire d’amour et une quête initiatique qui se déroulent à hauteur de jeunes gens lassés de leur propre vie. Avec ses faux airs de film de la Nouvelle Vague et ses multiples références au cinéma français, Adieu monde cruel touche, malgré quelques clichés et quelques maladresses.


 

Le film s’ouvre par ce qui ressemble à une battue. Dans un paysage de fin de journée, un garçon court à perdre haleine. Otto, silhouette noire dans son blouson noir, court dans un jardin sombre, poursuivi comme une bête affolée par des camarades de sa classe, évoquant quelques grands anciens. Mais la cinéphilie de l’auteur et sa volonté référentielle ne s’arrêtent pas là. Ne serait-ce que par le choix du jeune Milo Machado-Graner, qui a bien grandi depuis Anatomie d’une chute (1), sans perdre son regard brûlant et la précision de son jeu. Il incarne Otto, avec le charme et la franchise un peu butée du jeune Jean-Pierre Léaud jadis.


 

Après la scène d’introduction, violente mais non pathétique, le réalisateur nous montre Otto prêt à commettre l’irréparable : s’effacer totalement du monde, en ayant au préalable pris soin d’annoncer sa propre mort par lettre à tous les camarades de son école, ceux qui le persécutent comme ceux qui font profil bas.


 

Ce film, sans pathos ni émotion inutile, et qui en dit long sur l’âge de l’adolescence, fut l’une des belles surprises de la Semaine de la Critique cette année. Il impose son style, comme une sorte de retour aux sources, en dévoilant aussi dans le rôle de Léna, l’excellente Jane Beever, qui apporte au film une tendre respiration. Elle incarne une présence douce, clandestine, presque miraculeuse (Lisieux oblige !), grâce à laquelle Otto revient littéralement à la vie.


 

Même si cette première œuvre est un bon film, on pourra toutefois lui reprocher de convoquer à son chevet le souvenir des grands de la Nouvelle Vague, ce qui peut représenter une entrave dont l’auteur devra se libérer pour accéder vraiment à son propre style.

Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma n°444-445, été 2026

1. "Anatomie d’une chute", Jeune Cinéma n°423, été 2023.


Adieu monde cruel. Réal : Félix de Givry ; sc : F.G. & Marie-Stéphane Imbert ; ph : Tara-Jay Bangalter ; mont : Sanabel Cherquaoui ; mu : Arnaud Toulon. Int : Milo Machado-Graner, Jane Beever, Françoise Lebrun, Maïa Sandoz (France-Belgique, 2026, 93 mn).


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