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JC n°444-445, été 2026

publié le mardi 22 septembre 2026

Couverture : Le Cuirassé Potemkine de S.M. Eisenstein (1925).

Quatrième de couverture : Jouis Jouvert dans Carnet de bal de Julien Duvivier (1937).

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ÉDITO JC n°444-445, été 2026

 

Le Festival de Cannes n’est déjà plus qu’un souvenir. Restera-t-il dans nos mémoires, comme ceux, peu oubliables, de 1979 ou de 2003 ? Réponse dans quelques années, lorsque l’écume du temps se sera évanouie et que la postérité aura fait son choix. On peut simplement considérer que le millésime fut d’un bon niveau, on en trouvera les traces plus loin. Il n’est toujours pas question de viser à l’exhaustivité dans notre compte rendu de l’événement – la revue a toujours choisi de ne traiter que des films qui semblaient en valoir la peine, inutile de s’encombrer. Or, sur les cent-vingt titres proposés chaque année durant la décade, on sait, hélas, qu’il n’y en a pas cent-vingt qui méritent que l’on s’y arrête. Cela ne signifie pas que la soixantaine de films chroniqués dans ce numéro étaient les seuls visibles, mais ceux qui ont échappé à nos envoyés spéciaux sur le front (on ne voit pas toujours tout ce que l’on désire à Cannes) seront, comme d’habitude, abordés lors de leur sortie. En attendant, le bilan est là, globalement positif, comme disait l’autre.
Mais ce Festival aura été celui de la révolte, celle des quelques centaines (rejoints en quelques jours par plusieurs milliers) de "gens de cinéma", réalisateurs mais aussi techniciens, contre l’omniprésence de Vincent Bolloré dans la sphère médiatique et son interventionnisme, le renvoi de Olivier Nora de la tête des éditions Grasset en étant la marque la plus récente. La formulation du manifeste était peut-être un peu virulente (personne n’aime être traité de "crypto-fasciste"), mais juste dans son fond. Que le directeur général de Canal+ (qui, à la lettre, n’était pas impliqué dans le texte) ait perdu ses nerfs au point de grimper sur son rouleau-compresseur et de menacer les signataires d’un boycott de la part de la chaîne - chose que l’on n’avait pas vue ici depuis la répression contre le manifeste des 121, en pleine guerre d’Algérie, et aux États-Unis lors du maccarthysme, en pleine guerre froide -, laisse penser que les accusations lancées contre l’hydre bretonne n’étaient pas si excessives. Si la menace est grotesque et peu applicable – refuser de produire un film car le cadreur ou la costumière prévus sont sur la liste noire ! -, elle prouve tout de même que le fond de l’air sent mauvais. Les lendemains risquent d’être désenchantés.

Quant à l’I.A., nous évoquions, dans l’avant-dernier numéro, les quelques années nécessaires avant que le cinéma soit "augmenté" par cette technique. Prédiction à courte vue, car il semble bien que le mouvement s’accélère : si la machine est déjà capable de pondre des vidéos de quelques minutes tout à fait convaincantes, il n’y a aucune raison pour que l’on ne salue pas bientôt le premier long métrage conçu hors sol. De toutes façons, on ne peut rien y faire – comme chantait amèrement Nino Ferrer, regrettant sa maison près de la fontaine, "C’n’est pas si mal / Et c’est normal / C’est le progrès".

Il faudra se pencher un jour prochain sur la curieuse tendance actuelle des réalisateurs français à s’intéresser à la période de l’Occupation. Ce n’est pas une redécouverte, Louis Malle (Au revoir les enfants), Laurent Heynemann (Stella) et Bertrand Tavernier (Laissez-passer), entre autres, étaient passés par là, sans compter les multiples titres sur la Résistance depuis 1946 et Le Père tranquille de René Clément. Mais que quatre films de la sélection officielle cannoise se situent entre 1940 et 1945 est plus étonnant. D’où vient l’intérêt pour ces années qu’aucun de ces cinéastes n’a connues ? Le retour à un moment de l’Histoire où la société française, contrainte, cultivait l’espoir, dans une union sacrée contre l’occupant ? C’est oublier les divisions profondes – les pétainistes sincères étaient fort nombreux et les miliciens pronazis fleurissaient. Le parcours flamboyant du général de Gaulle, le martyre de Jean Moulin, ou celui de l’abbé Glasberg (Daniel Auteuil dans La Troisième Nuit ) participent de l’habituelle imagerie exaltante. Les biopics de Jean Luchaire ( Les Rayons et les Ombres de Xavier Giannoli) et de Henri Marre ( Notre Salut de Emmanuel Marre), moins attendus, posent question : il s’agit certes de personnages négatifs, mais lorsque l’on passe près de trois heures (ou plus) avec l’un et l’autre, la négativité s’effiloche, on s’y fait, surtout si les films sont de qualité. "Chacun a ses raisons", disait un célèbre cinéaste français. Oui, mais ? À quand Robert Brasillach ? Nous y reviendrons.

Dans ce numéro double qui repousse ses murs à l’extrême, la balance est équilibrée entre le contemporain et le patrimoine : Cannes dans ses tours et détours, et en avant-première, une ode au dernier film de Alain Cavalier, son ultime plutôt, puisque le plus âgé des cinéastes français annonce qu’il dépose définitivement sa caméra, mettant fin à une trajectoire sans pareille, du Combat dans l’île (1961) à ce Merci d’être venu, au titre qui dit tout. Alain Cavalier a pratiqué tous les genres, classique, avant-garde, documentaire, essai, de façon exemplaire et toujours surprenante. Que lui dire ? Merci d’être passé parmi nous ?

Côté patrimonial, mais lié à l’actualité, S.M. Eisenstein, Derek Jarman, Joseph L. Mankiewicz, Louis Jouvet, Paula Delsol, Dario Argento + quelques DVD de derrière les fagots (pour saluer le poème de Benjamin Péret reproduit p. 140) + quelques livres choisis parmi une production galopante - les spectateurs disparaissent, les lecteurs se multiplient. Voilà de quoi occuper les premiers jours d’un été qu’on souhaite pluvieux.

Lucien Logette
Jeune Cinéma n°444-445, été 2026

P.S. Personne n’est parfait, y compris les correcteurs de la revue. Voici quelques errata relevés dans les numéros récents : dans le 441-442, il ne s’agissait pas de Paul mais de Jean Painlevé (p. 82) ; dans le n° 443, il fallait lire, p. 16, Tess et non Tessa, la photo de la p. 18 était celle de la version 2015 (Benoît Jacquot, avec Léa Seydoux) du Journal d’une femme de chambre, et l’acteur de la photo de la p. 23 n’était pas Takeo Osawa (mais qui ?).



 

SOMMAIRE JC n°444-445, été 2026

 

 
Cinéma français
 

* Les films français au Festival de Cannes 2026, par Lucien Logette.

$$$$

 
Cannes 2026
 

* Le complexe de Cannes, par Patrick Saffar/

 
Cannes à Paris
 

* L’Abandon, par Sol O’Brien.

* Autofiction, par Jean-Max Méjean.

* L’Aventure rêvée, par Jean-Max Méjean.

* L’Être aimé, par Patrice Bougon.

* Histoires parallèles, par Francis Guermann.

* L’Objet du délit, par Lucien Logette.

* La Vénus électrique, par Lucien Logette.

* Les Caprices de l’enfant-roi, par Gérard Camy.

* Le Vertige, Jean-Max Méjean.

 
Le Festival

* De Adieu, monde cruel à Vol de nuit pour Los Angeles, par Gisèle Breteau Skira, Gérard Camy, Frédérique Lambert, Lucien Logette, Jean-Max Méjean, Patrick Saffar, Sylvie L. Strobel.

 
Cinéma français

* La passion infinie de la vie, à propos de Merci d’être venu
de Alain Cavalier, par Philippe Roger.

 
Patrimoine
 

* Le Cuirassé Potemkine, par Francis Guermann.

* Retour de Derek Jarman, par Nicole Gabriel.

* De quelques Cléopâtre au cinéma, par Jean-Michel Ropars.

* Louis Jouvet, le revenant, par Lou Leoty.

* La Dérive, une redécouverte ?, par Éric Le Roy.

* Sur deux films de Dario Argento, par Enrique Seknadje.

 
DVD
 

* Chronique du printemps 2026, par Jérôme Fabre.

* L’Auberge du péché, par Alexis Leroy.

* Je la connaissais bien, par Nicole Gabriel.

* Michael Caine en 7 films, par Alexis Leroy.

* Monsieur Taxi, par Alexis Leroy.

 
Cinéma & Surréalisme
 

* Brève note sur L’Âge du cinéma, par Lucien Logette.

* "L’escalier aux cent marches", par Benjamin Péret.

 
Chercheurs & curieux
 

* Marcel Pagnol portraitiste, par Claude Gauteur.

* Raimu, mon compagnon, par Marcel Pagnol.

* Louis Jouvet, par Marcel Pagnol

* Marcel Pagnol préfacier, par Claude Gauteur.

* Ma Provence en cuisine, par Marcel Pagnol.

* Au royaume du son et de l’image, par Marcel Pagnol.

 
Exposition
 

* Marilyn Monroe, par Nicolas Villodre.

 
Actualités
 

* L’Écologie des sentiments, par Jean-Max Méjean.

* André Is An Idiot, par Jean-Michel Ropars.

* La Chaleur, par Jean-Max Méjean.

* Un champ de fraises pour l’éternité, par Jean-Max Méjean.

* Le Violent, par Patrice Bougon.

 
Livres
 

* Jean Renoir, Le Portrait de l’artiste. Écrits 1927-1977, par Lucien Logette.

* Jean-François Rauger, Rosso sangue, par Alexis Leroy.

* Philippe Collin, Cinésoliste, par Lucien Logette.

* Patrice Lajus, La Rose pourpre du Caire, et Jean-Michel Ropars, Cléopâtre, par Alexis Leroy.

* Olivier Assayas, Oublier la peinture, par Francis Guermann.

* Ingmar Bergman, Tous les visages de Bergman, par Gérard Camy.

* René Viénet, Avec ma bite et mon couteau, par Lucien Logette.

* Jean-Christophe Manuceau, Peter Sellers, l’homme qui n’existait pas, par Gérard Camy.



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