Alex Camilleri, originaire de Malte, vit à New York où il a suivi des études de lettres et de réalisations documentaires à l’Université d’art du Vassar College. En 2010, l’un de ses courts métrages, Still Here, est sélectionné au Festival de Cannes. Luzzu, son premier long, en 2020, est présenté en compétition au World Cinema Dramatic à Sundance, où l’acteur Jesmark Scicluna reçoit le Prix d’interprétation. Le Chant des oliviers, son second long métrage est un road-movie chanté, devenu un genre cinématographique à part entière.
La jeune et belle Mar (Michela Farrugia) est à Malte, le pays d’origine de ses parents. Sa mère venant de mourir, elle doit s’occuper des terres dont elle hérite. Elle n’a cependant qu’une idée en tête, quitter ce pays. En traversant l’île, elle rencontre au hasard de la route, Nenu (Nenu Borg) qu’elle invite à monter dans sa voiture, un vieil homme de 82 ans, spirituel et attachant, gardien du "ghana", le chant ancestral maltais.
Le Chant des oliviers évoque la rencontre entre ces deux personnages Mar et Nenu dans une narration joyeuse et sympathique, aux refrains nostalgiques. Car au fur et à mesure du voyage, elle, qui souhaitait quitter l’île pour toujours, découvre la beauté des paysages, l’accueil chaleureux des habitants et le ghana, ce chant qu’elle ne connaissait pas. Ce film à la trame documentaire développe peu à peu une narration fictionnelle, depuis la découverte des terres qui lui appartiennent, la rencontre avec les femmes et les hommes qui y vivent, et ce chant si envoûtant par sa beauté sauvage et rude.
Comme si la voix de Nenu au timbre particulier, presque douloureux, tel un cri continu, ardent et doux, accompagnant en permanence ce voyage, incarnait à lui seul la longue histoire d’un peuple, celle des origines des personnages rencontrés, et finalement celle de leur histoire individuelle au sein de ce peuple.
Nenu Borg est un chanteur maltais de ghana, dont le nom de scène est I-Brazz, et ce film lui offre sa première apparition à l’écran. Nul doute qu’il remonte sur scène prochainement, après cette expérience cinématographique qu’il vit avec passion et fierté face à Mar, dont le charme l’enchante. Alex Camilleri aime travailler avec des acteurs non-professionnels, comme déjà dans Luzzu. Le jeu "d’acteur" de Jesmark Scicluna est impressionnant de vérité. L’authenticité fascine dans ce Chant des oliviers, et le sentiment d’avoir à faire aux individus dans leur vie, traversées d’émotions réelles, de plaisir et de bonheur partagés à chanter ensemble. Le ghana transporte le spectateur dans une dimension intemporelle dont il serait le langage secret et intime d’une histoire humaine.
Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma n°446, automne 2026
Le Chant des oliviers (Żejtune). Réal, sc, mont : Alex Camilleri ; ph : Quentin Devillers ; mu : Jon Natchez. Int : Michela Farrugia, Nenu Borg, Michael Azzopardi, Frida Cauchi (Malte-AllemagneQatar, 2026, 108 mn).