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Digger (2026)
de Alejandro González Iñárritu
publié le mercredi 30 septembre 2026

par Nicolas Villodre
Jeune Cinéma en ligne directe

Sortie le mercredi 30 septembre 2026


 


Le doublement oscarisé Alejandro González Iñárritu s’est donné les moyens pour réaliser son Citizen Kane  : Digger. Le film, avec son format à l’ancienne en VistaVision et son support argentique, interroge la notion de vérité, donc aussi de mensonge, de faux et d’usage de faux et autres modes de falsification - thème wellesien s’il en est, aujourd’hui particulièrement "concernant". La distribution de cet assez long métrage prolongé d’un générique listant un millier de petites mains y ayant contribué est exceptionnelle. À commencer par la tête d’affiche, Tom Cruise, coproducteur du film, magistral à contre-emploi dans le rôle-titre.


 

Ses collègues de bureau ne sont pas mal non plus, notamment John Goodman, qui incarne un président des États-Unis croquignolesque quoiqu’on en connaisse certains de plus grotesques. Riz Ahmed, qui joue l’expert en forage pétrolier aux ordres de la compagnie de Digger Rockwell, mal à l’aise, pris dans le dilemme du lanceur d’alerte ou prophète de malheur ; Sandra Hüller, dans le cas présent, la "demi-sœur" du magnat du pétrole, laquelle a des scrupules et représente la tendance écolo de cette allégorie. Last but not least, Jesse Plemons, au sourire doucereux et inquiétant comme celui de Malcolm McDowell dans A Clockwork Orange (1971), énigmatique deus ex machina personnifiant le producteur d’une pièce de théâtre soi-disant "culte", Fossil Fools, dont le film est censé célébrer la 25e année de succès au box-office.


 

Le récit n’est pas anodin. De même que le représentant de la presse dans
The Man Who Shot Liberty Valance (1962) conseillant d’imprimer une légende devenue fait, le protagoniste déclare de manière désabusée : "Ils connaissent les faits ; l’histoire, on va l’écrire". Le récit valant plus que les faits, le film fonctionne à base d’allers-retours entre l’univers du spectacle et le monde réel. Des signes proleptiques sont là, au début du générique et aussi par la suite : des bulles dans l’eau anticipent sur le plongeon spectaculaire final du héros. La fenêtre de la demeure de Digger tient du tableau idyllique avec un rideau qui s’ouvre comme pour une représentation ; l’animalité domestiquée ou naturalisée a d’emblée une connotation morbide...


 

Tout le reste n’est que littérature. À savoir, un scénario bien troussé, des performances actorales sortant de l’ordinaire, un film dans le film façon Hellzapoppin’ (1941), une dose de Entfremdung dévoilant le pot aux roses du show, du théâtre filmé, du théâtre dans le théâtre à la Pirandello, le théâtre dans la cité dystopique, polluée comme celle du film Brazil (1985), un monde régi par des robots.


 

Tom Cruise est impressionnant, du niveau d’un Dustin Hoffman ou d’un Robert De Niro. Le plan-séquence de son discours à l’adresse de représentants du peuple déchaînés et livides et sa dépense à la fois vocale et physique restera dans les annales, comme la prestation de Marlon Brando face à la foule des citoyens romains rassemblés au Forum dans Julius Caesar (1953) de Joseph L. Mankiewicz d’après Shakespeare.

Nicolas Villodre
Jeune Cinéma en ligne directe


Digger. Réal : Alejandro González Iñárritu ; sc : A.G.I, Alexander Dinelaris Jr., Nicolás Giacobone & Sabina Berman ; ph : Emmanuel Lubezki ; mont : Conor O’Neill ; mu : Cosmo Sheldrake ; déc : Anna Pinnock ; cost : Jacqueline West. Int : Tom Cruise, Riz Ahmed
John Goodman, Sandra Hüller, Michael Stuhlbarg, Jesse Plemons, Emma D’Arcy, Burn Gorman, Robert John Burke, Sophie Wilde, Pip Torrens (USA-Grande-Bretagne-Mexique, 2026, 129 mn).



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