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Terre et l’ombre (la) (2015)
de César Augusto Acevedo
publié le jeudi 11 février 2016

par Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma en ligne directe

Sélection de la Semaine de la critique au festival de Cannes 2015
Caméra d’or 2015

Sortie le mercredi 3 février 2016

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Présenté à la Semaine de la Critique au dernier Festival de Cannes, La Terre et l’ombre, premier long métrage du jeune réalisateur colombien César Acevedo, a obtenu la Caméra d’or.
Celui-ci y dépeint la vie des paysans de la vallée du Cauca, attachés à leur terre, puis dépossédés par une industrie sucrière expansionniste.

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Au centre du récit, une petite maison encerclée de cannes à sucre où résiste une famille.
Alfonso revient, après dix-sept ans d’absence, pour s’occuper de son petit-fils Manuel, dont le père Gerardo a les poumons gravement atteints par les pluies de cendre dues aux feux allumés lors de la récolte. La mère, Esperanza, et la grand-mère, Alicia, vont chaque jour travailler à la plantation dans l’espoir de gagner quelques sous. Le drame est inévitable. La force de travail des femmes s’épuise, l’argent manque, l’état de santé de Gérardo est sans espoir et la poussière de cendres se disperse sans cesse sur la maison. Derrière les volets clos où repose Gérardo, il fait sombre tous les jours.

Le film est sans musique, hormis le chant final, ce silence fabrique une atmosphère sonore sourde et oppressante, comme une voix qui ne parviendrait pas à se faire entendre. Les oiseaux ne viennent plus chanter sur la mangeoire. Peu de mots entre les adultes, sauf lorsqu’il s’agit de la survie pour le pain.

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Ce sont alors de très beaux plans sur les paysans en colère, d’une grande expressivité, visages tendus, criant de rage, malgré le caractère autiste du film. La couleur est un clair-obscur accentué de lumière bleuâtre venue des retombées de poussière provoquées par les incendies des cannes à sucre.

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Le film évoque par sa lenteur l’esprit de Théo Angelopoulos ou encore celui du Bannissement de Andreï Zviaguintsev, face à la tragédie d’une famille devant son destin.

La maturité cinématographique de César Acevedo est remarquable, aussi bien sur le plan de la réalisation que du scénario.
Il a en outre une sensibilité et un don pour filmer la nature et les humains, saisissant chez ses acteurs et non-acteurs l’essentiel d’une personnalité, l’allure, l’humeur, le naturel et la beauté.
Sans doute a-t-il le regard profondément tourné en lui-même avant de commencer à filmer. La Terre et l’ombre est son histoire et chaque image de son film l’exprime violemment.

Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma en ligne directe (janvier 2016)

La tierra y la sombra (La Terre et l’ombre). Réal, sc : César Acevedo ; ph : Mateo Guzman ; mont : Miguel Schverdfinger. Int : Haimer Leal, Hilda Ruiz, Edison Raigosa, Marleyda Soto, José Felipe (Colombie-France-Pays-Bas, 2015, 97 mn).

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