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Chocolat (2015)
de Roschdy Zem
publié le dimanche 7 février 2016

par Sol O’Brien
Jeune Cinéma en ligne directe

Sortie le mercredi 3 février 2016

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En Occident, passer de l’état d’esclave noir au statut de star internationale, c’est possible. Un seul héros suffit à le démontrer.
On appelle ça volontiers le "rêve américain".
Où que ce "miracle" se produise, le monde du spectacle est toujours le plus accueillant. (1)

En France, le même "rêve" prend souvent une figure académique et posthume, moins financière (forcément, nous, on a des "valeurs", hein !) : une simple plaque dans une rue de la ville, ça fait amplement l’affaire. (2)
Miroir aux alouettes mais aussi réalité indéniable.
Que du bonheur, que du bénéf.

Ce qui est plus difficile, pour un "dernier des hommes" et dans une vie quotidienne plus "normale", c’est, de son vivant, d’obtenir un simple respect non-condescendant et d’échapper aux étapes inéluctables de misère, plus simplement d’avoir un vrai nom, une date de naissance officielle et une sépulture. (3)

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C’est ce que raconte le chouette film de Roschdy Zem sur le clown Chocolat et son destin particulier. Mais il raconte aussi bien d’autres choses.

Loin du biopic consciencieux, le film romance la vérité historique, et l’auteur assume ce parti pris, tant il est vrai qu’il n’existe pas une mais des vérités, qui n’apparaissent "nues" que drapées, chacune dans son propre récit.
Chocolat peut aussi bien appartenir aux catégories "fiction", "film français", "comédie", "comédie sentimentale", "en costumes", "à gros budget", "fable", etc.

C’est aussi l’histoire d’un couple.
Foottit et Chocolat sont complémentaires quelle que soit leur hiérarchie interne variable. Après la séparation, c’est difficile de rebondir dans la solitude. Ce savoir tout bête prend ici une importance métaphorique : c’est ensemble qu’ils ont "fait histoire", et pas séparément.
Les frères Lumière, d’ailleurs, ne les avaient pas dissociés. Pour eux, tout était curiosité et découverte, Foottit et Chocolat, leur duo-égrégore, et pas spécialement l’auguste noir. Dans leurs six films, on ne distingue pas de point de vue "militant" (4) C’est précieux.

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Le casting du film de 2016 est aussi évident que lumineux, et il contredit un peu le titre univoque : James Thierrée, le grand clown (Foottit, alias George Foottit, 1864-1921) et Omar Sy, le grand acteur (Chocolat, alias Rafael Padilla, circa 1865-1917).

Car c’est enfin - surtout - une histoire de clowns (les deux principaux, le clown blanc et l’auguste, et leurs innombrables symbolismes). Sur ce terrain sans limite visible, tout a été dit et tout reste à dire, entre Michaux et Chaplin, en passant par le "spectacle", obscène car hors-scène depuis longtemps, et c’est une autre et longue histoire.

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Chocolat est de facture classique et de scénario déviant.
Il est peut-être même hésitant sur le point de vue et sur la perspective.
Il est aussi impérieux et nécessaire.
Du coup, il a été abordé par tous les bouts, et c’est très bien ainsi. C’est la multiplicité des "abordages" possibles (5) qui, plus que les chiffres, font la réussite d’un film : l’œuvre et sa réception.

Les éléments-signes autour de l’événement sont multiples, qui pourraient, tout compte fait, classer le film dans la catégorie "film politique".

Par exemple : Le Nouveau Cirque était situé n° 251 de la rue Saint-Honoré (1886-1926). En 2016, il est dans le 14e arrondissement derrière l’octroi.
La ville, celle où l’on "parvient", n’en finit plus de s’étendre sans fin, et s’épanouit en "une pensée urbaine" de Baudelaire (1821-1867) à Benjamin (1892-1940), et jusqu’à nos jours.

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Ou bien : Pour accompagner la sortie du film, une exposition, On l’appelait Chocolat, est itinérante et en entrée libre.

* Maison des Métallos (3-28 février 2016).
94 rue Jean-Pierre Timbaud, 75011 Paris.

* Médiathèque Marguerite Duras (9 mars-24 avril 2016).
115 rue de Bagnolet, 75020 Paris.

Cela s’appelle une relecture.

Sans doute, les "relectures" qui demandent, par définition, attention et patience, nous sont-elles plus nécessaires que jamais.

Sol O’Brien
Jeune Cinéma en ligne directe (février 2016)

1. Avant Chocolat, il y a eu Sawtche, la Vénus hottentote (circa 1789-1815), qui a essuyé les plâtres. Après lui, il y a eu Joséphine Baker (1906-1975), qui a eu plus de chance, peut-être parce qu’elle était tombée dans la marmite toute petite.

2. Une plaque dans la ville. Ou un wikipédia sur la toile. Celui de Chocolat s’enrichit chaque jour. Jusqu’à ce que la brûlante actualité se calme. Les flambées sont toujours suivies par les cendres.

3. Le film est écrit d’après le livre de Gérard Noiriel, Chocolat, clown nègre. L’histoire oubliée du premier artiste noir de la scène française, Bayard, 2012. Chocolat a un site dédié.
Avec un peu de temps à consacrer non pas au film, mais au sujet du film, on peut en savoir plus en écoutant Gérard Noiriel à l’Université des Antilles et de la Guyane, le 2 mai 2012, à l’occasion de la sortie de son livre.
L’historien Gérard Noiriel est un spécialiste de l’histoire de l’immigration en France et du mouvement ouvrier, directeur d’études à l’EHESS.

4. Six films, du n°1138 au n°1143 au catalogue Lumière : Boxeurs, Acrobates sur la chaise, Chaise à bascule, Guillaume Tell, Le Policeman, La Mort de Chocolat.

5. Il y a deux "abordages" entre deux navires ennemis : l’abordage "en belle", bord à bord, et l’abordage de "franc-étable", en éperon. Mais un film - "objet gentil" comme le disait Besson - et une "critique" de devraient jamais être ennemis, même quand il y a débat.

Chocolat. Réal : Roschdy Zem ; sc : Cyril Gély, d’après une adaptation d’Olivier Gorce et de Roschdy Zem et basé sur le livre Chocolat, clown nègre de Gérard Noiriel ; ph : Thomas Letellier ; décors : Jérémie D. Lignol ; mont : Monica Coleman ; cost : Pascaline Chavanne ; mu : Gabriel Yared. Int : Omar Sy, James Thierrée, Clotilde Hesme, Alice de Lencquesaing, Noémie Lvovsky, Frédéric Pierrot, Olivier Gourmet, Olivier Rabourdin, Héléna Soubeyrand, Denis Podalydès, Bruno Posalydès, Xavier Beauvois, Thibault de Montalembert, Christophe Fluder, Alex Descas, Dan Herzberg, Félix Bossuet, Wilfred Benaïche. (France, 2015, 110 mn).

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