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Tempête (2015)
de Samuel Collardey
publié le mardi 23 février 2016

par Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma n° 371-372, mars 2016

Sélection Mostra de Venise 2015
Sortie le mercredi 24 février 2016

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Samuel Collardey fait partie des cinéastes qui regardent le monde en l’interrogeant et choisissent pour le dépeindre une trame fictionnelle.

Déjà dans son premier long métrage, L’Apprenti (2008), il avait volontairement lié l’histoire du personnage à son environnement familial, affectif et social qu’il scrutait avec une attention accrue.

Dans Tempête, le rôle principal est celui d’un père marin-pêcheur, à qui la dureté du travail laisse peu de place pour ses deux enfants adolescents dont il a la garde. Peu d’événements, sauf un d’une importance qui le bouleverse : sa fille Mailys est enceinte et devra avorter. Un récit parfois dénué d’action, ponctué de temps morts, une des figures de style de Samuel Collardey.

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Il filme et aime filmer les personnages marchant simplement dans le paysage, s’attardant devant un sujet, contemplant quelque chose, il filme les visages au plus près, cherche à surprendre un regard, saisir une expression.

Il s’intéresse avant tout au vécu et au ressenti du personnage face à la vie qu’il mène, plutôt qu’à la succession des événements de sa vie.
Ce parti pris donne à son cinéma un caractère introverti, intime, presque pudique, et parfois aussi a contrario d’une crudité inouïe (L’Apprenti).
Les larmes de Dom sont discrètes, secrètes, timides, elles s’écoulent dans le présent de l’émotion, elle-même vécue au présent.

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Il y a dans son cinéma une perception particulière du temps, un ici et maintenant d’une force très singulière. La tempête, les vagues, le vent, les embruns, fouettent aussi les visages des spectateurs.

Samuel Collardey pratique un cinéma-vérité.
Il réalise aussi un cinéma de gauche, conscient des classes sociales et de leur survivance dans le monde contemporain où le politiquement correct évoque la disparition du clivage droite-gauche ! Attitude rare aujourd’hui, qui mérite d’être soulignée.

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Le rêve de Dom d’avoir son propre bateau s’évanouira dans ce foutu proverbe : on ne prête qu’aux riches ! Et la vie, reprendra son cours, toujours difficile et âpre.
Tempête est une tranche de cette vie modeste et enchantée, éclairée par le trio Leborne, si bons acteurs de leur propre destin.

Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma n° 371-372, mars 2016

Tempête. Réal, sc, ph : Samuel Collardey ; sc : Catherine Paillé ; mont : Julien Lacheray. Int : Dominique, Chantal, Matteo & Maylis Leborne, Vincent Bessonnet, Patrick d’Assumçao (France, 2015, 89 mn).

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