Mannheim 1999
Mannheim, 48e édition (8-16 octobre 1999)
publié le vendredi 15 octobre 1999

Mannheim, 48e édition (8-16 octobre 1999)

par Lucien Logette
Jeune Cinéma n°264, octobre 2000

Voir le programme, les jurys et le palmarès


Michael Kotz, directeur du festival, nous a habitués à des menus conséquents - ce fut encore le cas cette fois-ci, puisque le programme annonçait 72 films en 8 jours, répartis entre les sections Compétition internationale, Découvertes internationales, Nouveau cinéma allemand, Nouveau cinéma turc, Films pour enfants, Films primés, Coup de chapeau à Hitchcock et Hommage à Otar Iosséliani (par ailleurs président du jury) : le temps de repos du spectateur consciencieux était donc fort limité.

Si l’on parlait peu français dans les allées, en revanche notre cinéma était largement présent sur les écrans, puisque 12 titres, courts et longs métrages, furent projetés.
Si l’on retire les films anciens de Iosséliani (dont on a revu avec ravissement Et la lumière fut, peut-être son plus bel ouvrage) et les courts métrages (dont le très amusant Ouvertures faciles de François Hernandez & Pierre Excoffier), la sélection française se résumait cependant à Chittagong, dernière escale de Léon Desclozeaux, Fin d’été de Arnaud & Jean-Marie Larrieu, L’Attrape-rêves de Alain Ross et Les 4 Saisons d’Espigoule de Christian Philibert.

On ne dira rien du premier, faute de l’avoir vu.
Ni des deux suivants, parce qu’on les a vus et que les mots nous manquent pour dire notre effarement devant l’un et notre tristesse devant l’autre. Les frères Larrieu semblent être l’objet en ce moment d’un courant de bienveillance soutenue dans certains cercles (voir l’accueil de leur récente Brèche de Roland), ne nous en mêlons pas.

Le film de Christian Philibert a heureusement sauvé l’honneur national, et sa plongée attendrie dans la France profonde, qui a gardé toute sa saveur rigolarde à la seconde vision, a suffisamment charmé le public allemand et les divers jurys pour décrocher le Prix spécial international, le Prix de la FIPRESCI et le Prix des exploitants allemands. Gloire donc à Espigoule, son poète, son loup-garou et sa fête votive.

Pas de chef-d’œuvre absolu dans le reste de la sélection, mais des découvertes plus qu’intéressantes.

Les deux films anglais, Out of Depth de Simon Marshall et Understanding Jane de Caleb Lindsay, indiquent que la Grande-Bretagne possède des réalisateurs inconnus capables de réussir sans faillir des films de genre, film noir "social" pour le premier (où l’on retrouve avec émotion Rita Tushingham et le goût de miel de nos années 60), comédie moderne branchée pour le second.
Si le Prix du meilleur film de fiction est à notre avis un peu lourd pour le film de Lindsay, il prouve néanmoins que le cinéma anglais ne se limite pas à quelques grands arbres célèbres et qu’il y a sans doute derrière une forêt qu’on aimerait explorer plus avant.

Le Prix du meilleur film, c’est à My Father’s Angel de Davor Marjanovic, sous pavillon canadien, qu’on aurait aimé le voir attribué.
Certes, le Prix Fassbinder obtenu est mieux qu’une consolation, mais la description de cette famille bosniaque qui a fui Sarajevo pour se réfugier à Vancouver où elle tente de retrouver une apparence de vie normale possède des accents d’une justesse rare. Et les scènes où la mère, plongée dans un silence catatonique depuis qu’elle a été violée, se met à hurler par crainte d’une nouvelle agression demeurent peu oubliables. Il y a là un bel exemple de film politique non-démonstratif, qui mériterait une audience moins confidentielle.

À l’image de tous ces films venus des bords de la planète et que l’on est tristement certain de ne pas revoir à Paris : Art Museum by the Zoo de Lee Jeong-hyang, très attachante comédie qui confirme notre sentiment que le cinéma coréen est une mine de découvertes ; I Kina spiser de hunde (En Chine, on mange des chiens) de Lasse Spang Olsen) ou comment réussir une parodie danoise de Tarantino plus supportable que l’original ; 1998 : Torst - Fremtidens forbrytelser (1998 : La Soif - Crimes du futur) de Maria Fuglevaag Warsinski, Karoline Frogner & Nathilde Overrein Rapp, Norvège), trois nouvelles (bien) adaptées de Knut Hamsun ; Saturn de Rob Schmidt, exemple de film indépendant américain sans clichés ni pathos sur un sujet (un père parkinsonien) qui pouvait pourtant s’y prêter.

L’intérêt irremplaçable d’un festival comme celui de Mannheim-Heidelberg tient à ces quelques instants, ceux où un film d’un réalisateur inconnu, finlandais ou burkinabé, vient nous rappeler que le cinéma n’est pas que de quelques lieux ni de quelques pays.

Lucien Logette
Jeune Cinéma n°264, octobre 2000



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