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Théo et Hugo sont dans le même bateau (2015)
de Olivier Ducastel et Jacques Martineau
publié le mardi 26 avril 2016

par Théo Kayan
Jeune Cinéma en ligne directe

Sélection du Panorama au festival de Berlin 2016, 66e édition.

Sortie le mercredi le 27 avril 2016

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Les réalisateurs assurent que les hétéros peuvent voir leur film.
Il est toujours amusant de classer les gens - les spectateurs - en fonction de leurs préférences sexuelles. La question n’est évidemment jamais ce que les hétéros vont penser d’un film. Dans le cas de Théo et Hugo sont dans le même bateau, elle pourrait être ce que les femmes vont en ressentir. Car c’est un vrai film de mecs.

C’est l’histoire d’un coup de foudre qui commence dans une back-room, et qui se poursuit, en temps réel, par une balade dans Paris. Les deux garçons vont tenter d’apprivoiser leur histoire d’amour naissante, alors que l’un d’entre eux est séropositif.

Tout le monde parlera sûrement du premier quart d’heure, dans le club gay où les rapports sexuels entre hommes sont montrés sans concession aucune avec une rare maîtrise. Les réalisateurs filment, avec brio et magnificence, le mélange des corps en action.

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Cela évoque immédiatement Eisenstein, Le Cuirassé Potemkine (1925) et ses séquences de marins dénudés et splendides, dans les soutes. On pense aussi à L’Empire des sens de Oshima (1976), avec ses sexes plein cadre. Ou à L’Inconnu du lac de Guiraudie (2012) qui a eu la même démarche brute et sincère. Ni honte, ni morale, juste la beauté.

Ce qu’il y de superbe dans cette première séquence, c’est comment Théo, personnage timide et introverti, va tout faire pour se faire remarquer d’Hugo, parfaitement entreprenant et déchaîné. Le romantisme dans la back-room, il fallait oser. On passera aisément sur les effets techniques un peu lourds du coup de foudre, lumière crue et mise en scène tout en travelling studio, car on est emporté, on veut voir comment les protagonistes vont faire vivre ce coup de cœur.

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La suite est parfaitement maîtrisée. Les dialogues sonnent justes et le chef-opérateur éclaire le couple d’une bien jolie façon. De même, le traitement de l’histoire en temps réel est très réussi. Pas d’ellipse, de flash-back ou de montage rapide : un vrai sens de la métrique qui tient en haleine.
La fiction en temps réel est une narration qui peut être ratée, comme dans La Corde de Hitchcock (1948), ou réussie comme dans Locke de Steven Knight (2013).
Dans Théo et Hugo, c’est réussi et pertinent : ce traitement souligne la fragilité du sentiment amoureux et, paradoxalement, sa rapidité à envahir les corps, les cœurs et les têtes.

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Quand la menace du sida se précise, on est entraîné dans le parcours obligatoire de la prévention. Mais la séquence du "sprint amoureux" est inoubliable, et on souhaite que ces deux-là puissent s’aimer à la folie. Le voyage se termine sur une note positive, sans être niaise : Hugo promet d’être envahissant et très dominant.

Le gros bémol de cette œuvre, on le trouvait déjà présent dans Jeanne et le garçon formidable (1) : un casting à moitié réussi.

À l’instar de leur premier long métrage, Ducastel et Martineau choisissent pour leur personnage quelque peu falot, un acteur qui manque cruellement de sex-appeal. C’était le cas d’Olivier (Matthieu Demy) dans Jeanne et c’est le cas de Théo (Geoffrey Couët), ici. Autant Hugo (François Nambot) est ensorcelant, autant Théo est pâle. Dans Brokeback Mountain de Ang Lee (2005), le regretté Heath Ledger est un personnage passif, pleutre et fuyant, mais il n’en reste pas moins terriblement captivant et attractif. Il n’est donc pas nécessaire de choisir un comédien au faible charisme pour incarner un personnage introverti.

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Bémol également pour les personnages secondaires.
Les rencontres nocturnes de Théo et Hugo sont très faibles politiquement et humainement. Le souriant vendeur de kebab comme la dame du premier métro tiennent des propos d’une naïveté politique confondante, aussi bien sur la Syrie que sur les classes sociales "défavorisées".

Pourtant, pendant cette longue balade, Hugo dit à Théo : "Faire l’amour, comme nous l’avons fait, c’est œuvrer à la paix dans le monde".
Paix et amour, après tout, ces mots furent, autrefois, des mots politiques.

Théo Kayan
Jeune Cinéma en ligne directe (février 2016)

1. Jeanne et le garçon formidable (1997) est le premier film de Olivier Ducastel & Jacques Martineau.

Théo et Hugo sont dans le même bateau. Réal : Olivier Ducastel & Jacques Martineau ; ph : Manuel Marmier ; mu : Gaël Blondet & Pierre Desprat ; mont : Pierre Deschamps. Int : Geoffrey Couët, François Nambot, Georges Daaboul, Élodie Adler, Claire Deschamps, Marief Guittier (France, 2016, 97 min).

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