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Médecin de campagne (2015)
de Thomas Lilti
publié le mardi 22 mars 2016

par Jean-Marc Méjean
Jeune Cinéma en ligne directe

Sortie le mercredi 23 mars 2016

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Thomas Lilti est lui-même ancien médecin et il s’est fait connaître récemment avec Hippocrate, qui a rencontré un réel succès.

Ici, le titre parle de lui-même : nous sommes dans le monde médical très particulier de la médecine rurale. Rien à voir avec l’hôpital, ni avec le médecin de ville, et Thomas Lilti a bien connu cette situation lorsque, jeune interne, il a fait des remplacements en Normandie ou dans les Cévennes.
Il a fait le bon choix en offrant le rôle principal à François Cluzet, qui excelle dans les rôles de bougons qui se bonifient à la longue. Cœur solitaire, tête de mule, très professionnel, le docteur Jean-Pierre Werner tombe gravement malade mais ne veut pas que ses patients, qui comptent tous sur lui, l’apprennent. Jusqu’au jour où le médecin qui le soigne à l’hôpital lui impose une remplaçante, interprétée par Marianne Denicourt, déjà médecin dans Hippocrate.

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Le film veut dénoncer à la fois l’abandon par les pouvoirs politiques de la médecine rurale pour des raisons économiques et la pénibilité de ce métier solitaire.
Cluzet nous propose même un parallèle intéressant entre son métier et celui de médecin de campagne : "Le personnage, ce docteur Werner, malade, devrait penser à lui, se dépêcher de changer de contrée. Et non, le sacerdoce, la vocation, sont les plus forts. En ce sens, être médecin c’est finalement assez proche du métier d’acteur. Chez nous aussi, il y a une part de vocation, de passion, d’abnégation et c’est presque obligatoire."

Alors lorsqu’un ancien médecin véritable (Lilti), un ancien malade à l’écran (Intouchables) et une ancienne toubib de Hippocrate (Denicourt) se rencontrent, ça donne un film grave et passionnant dans lequel chaque spectateur peut finalement retrouver une part de sa propre vie. "À l’hôpital d’Alès, raconte Marianne Denicourt, j’avais rencontré une femme qui, après avoir été infirmière, avait entamé des études de médecine. Je m’en suis souvenue pour le rôle de Nathalie."

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Même si on peut reprocher à ce beau film de ne pas régler les problèmes sociétaux et politiques, on lui propose comme conclusion ces mots que Thomas Lilti a trouvé dans chez Martin Winckler (1) qui l’a inspiré ainsi que Nicolas Gaurin, le directeur de la photo : "Être médecin de campagne, c’est prendre racine, même quand on a grandi en ville et beaucoup voyagé. On adopte le rythme, le parler, les coutumes. On n’est pas seulement le soignant des maladies et le confident des soucis, on devient aussi le témoin des changements du paysage, des événements du village, des départs et des arrivées. On fait partie du canton, de la communauté. On se met à ’appartenir’."

C’est à cet apprentissage que s’emploient le film et ses deux acteurs formidables.

Jean-Marc Méjean
Jeune Cinéma en ligne directe (mars 2016)

1. Denis Bourges (photographies) & Martin Winckler (préface), Médecin de campagne, Éditions de Juillet (2014).

Médecin de campagne. Réal, sc : Thomas Lilti ; sc : Baya Kasmi ; ph : Nicolas Gaurin ; mont : Christel Dewynter ; mu : Alexandre Lier, Sylvain Ohrel, Nicolas Weil. Int : François Cluzet, Marianne Denicourt, Isabelle Sadoyan, Félix Moati, Christophe Odent, Patrick Descamps (France, 2015, 102 mn).

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